[Edito] La figurine comme thérapie

Quoiqu’on en dise, la figurine est une activité créatrice. C’est en partant de ce principe que je vais essayer de vous montrer en quoi notre activité présente un intérêt psychologique.

La création révèle une personnalité et l’auteur trouve émancipation dans l’acte de fabriquer les choses, quel que soit la niveau de qualité. Ainsi le figuriniste se confie à ses personnages, il y transpose ses joies comme ses déceptions. Son modèle étant petit, il doit travailler assis, la tête légèrement inclinée vers le bas, ce qui le place dans une position assez intimiste. Il ne touche son personnage qu’avec son pinceau, il le survole comme si il avait affaire à quelque chose de sacré. Il y a une certaine communication entre le figuriniste et son modèle, le premier construit dans sa tête un raisonnement technique pour appréhender ce qu’il va faire, le second lui répond en lui montrant directement le résultat de son raisonnement. Par exemple, si vous peignez un drapé en bleu, vous avez préalablement réfléchi à la couleur que vous voulez obtenir, et la figurine vous montre si votre travail, c’est à dire vos couches de peinture, correspond ou non au raisonnement que vous aviez monté. La figurine est dans ce sens un miroir de votre pensée, elle guide votre travail, et en fonction de son allure vous l’écouterez et travaillerez de manière à l’améliorer. Elle vous domine !

Là où la figurine du peintre lui renvoi des couleurs et donc des sensations, la figurine encore inachevée du sculpteur reflète encore plus son processus de création. La peinture subit la sculpture et s’y adapte, alors que la construction d’un personnage est l’image même de l’acte libre. Mais la peinture est parfois plus évocatrice, elle permet de s’identifier plus facilement et de traduire directement une réalité là où la sculpture est davantage la mise en forme d’une imagination. Dans tous les cas, la figurine sert de thérapie et permet aux hommes d’oublier leurs problèmes (Bien sûr je n’entends pas le terme de thérapie au sens traditionnel, je pense juste que tout le monde est plus ou moins malade dans sa tête et que nous cherchons tous à évacuer nos soucis, beaucoup le font en parlant,  et souvent en vain).

Les peintures.... nos  médicaments.

La figurine est également thérapie pour le spectateur qui se vide en se laissant submerger par des histoires. Le réalisateur n’est alors plus seul bénéficiaire de sa médecine et c’est en montrant son travail qu’il joue sur le sentiment des autres. La figurine est une activité d’échanges et de flux à l’origine d’une émulation aussi intéressante que frustrante. Oui, nous avons bien parlé de médecine ! Car la figuriniste endosse le rôle d’un médecin travaillant sur lui, pour lui et pour les autres. Il peut arriver à montrer, en dévoilant à autrui tout un tas de signes (couleurs, décors, agressivité, tendresse), ce qui bouillonne au fond de lui, ses motivations… Il se soigne lui même tout en soignant les autres La figurine est une médecine à double sens qui place les individus dans une activité générant de la délicatesse et de la compétition, cette dernière prenant place à travers le concours et la critique. En fonction des individus, l’un des points pèse plus que l’autre, et le figuriniste bascule régulièrement entre les deux. La recherche de la reconnaissance, de la victoire et de la satisfaction se présente comme une médecine de soi, comme une affirmation de son être et de sa personnalité, mais excessivement elle entraîne l’inverse, car l’excès tue. Le compétiteur acharné oublie le pourquoi de son activité, il court derrière son image et se cherche des excuses quand il perd, il n’arrive plus à penser avec et grâce aux autres, et se restreint à sa propre vision des choses. En fait, il oublie tout simplement de se détendre.

Voilà pour cet article. Vous pouvez remplacer le terme de figurine par création et celui de figuriniste par créateur, car même si j’ai parlé au nom de la figurine, mes termes peuvent correspondre à tout travail stimulant. Mon but n’est pas de grandir ou légitimer notre passion, mas juste de vous faire comprendre et de me faire comprendre à moi ce qu’il se passe quand nous là pratiquons.

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About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.