[Interview] Hobby Shop (Grenoble)

Nous avons rencontré l’équipe du jeune magasin Hobby Shop. Située à Grenoble, cette nouvelle boutique entièrement consacrée à la figurine s’apparente à une vraie caverne d’Ali Baba : Des vitrines de partout, des ateliers encombrés et des tables de jeux à l’appui.  Les passionnés nous présentent leur commerce et leur goût prononcé de la figurine.

Qui a fondé le magasin ?

Hobby Shop - Christophe Roque, Alexandre Vallet et Grégory Licitri. Nous avions lancé le Studio 38 en 2009, et c’est en avril 2011 que nous avons fondé Hobby Shop.

Quelles places occupez vous respectivement dans la boutique ?

Hobby Shop - Chacun a son domaine de compétence. Gregory est le gérant : Il s’occupe de la vente, de la gestion, de la réception des commandes, et donne également des cours de peinture. Alexandre est avant tout le sculpteur de Studio 38 mais s’occupe également des cours et de la vente. Christophe peins les figurines de la boutique et prend en charge les initiations. Ezekiel, le quatrième membre de Hobby Shop, est le spécialiste du Jeu. Il s’occupe des tournois (environ deux par mois) et des cours de stratégie. À l’étage tables de jeux du magasin, nous proposons des initiations ainsi que des parties sur une multitude de jeux différents : Freebooter, Eden, Warmachine, Bushido, Infinity, 40000…

Est ce que vous organisez des figostages dans vos locaux ?

Hobby Shop - C’est en train d’être mis en place. Nous allons organiser des cours de peinture du soir qui, contrairement aux autres, seront payants.

À quoi ressemble la communauté figurinistique de Grenoble ?

Hobby Shop - La communauté est assez grande, mais trop grande jamais ! On peut dire qu’elle est en renaissance. À l’époque où il n’y avait que Games Workshop à Grenoble, la pratique de la figurine ne se développait pas autant. Depuis l’ouverture de Hobby Shop, la communauté s’élargit.

Il y a beaucoup de revendeurs dans cette ville. Est ce qu’il y a des tensions entre les différents commerçants ou l’entente est elle plutôt bonne ?

Hobby Shop - Avant d’ouvrir Hobby Shop, nous organisions des animations aux 7 royaumes. On ne peut parler de véritable concurrence. La contrée du jeu existe depuis longtemps et ce sont des amis. Nous sommes en « partenariat » avec ces boutiques de jeu qui font moins de figurines et se spécialisent davantage dans les cartes. On peut dire que ça se passe pas mal.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans la gestion d’un magasin ?

Hobby Shop - Les principales difficultés sont de répondre aux demandes d’une clientèle pointue et de savoir gérer les stocks (nous avons beaucoup de fournisseurs). Le côté fiscal n’est pas toujours facile non plus et il faut garder un équilibre entre les trésoreries. Quand les rythmes de sortie sont importants, il faut faire attention aux dépenses qui tombent en même temps. On tourne très bien mais gérer un magasin implique de toujours courir derrière la trésorerie.

La difficulté est également d’entretenir la clientèle et d’être toujours au top. Il faut créer des événementielles et rester à la pointe de l’information. Avant de se lancer, il fut très compliqué de trouver une banque qui accepte de financer notre projet. On fera moins confiance à un magasin de figurines qu’un à magasin de vêtements.

La boutique fait ressentir une vraie passion pour les petits bonshommes. Qu’est ce qui vous plaît dans la figurine ?

Hobby Shop - Il y a plein de choses. Le fait que ce soit un microcosme et que l’on se fait des potes sans s’en rendre compte. C’est un loisir ludique et stimulant. On est passionné depuis tout petit et l’aspect communautaire est très cool. C’est un loisir moins froid que le PC. On est tout simplement accrocs !


Quels sont vos univers préférés ?

Hobby Shop - Chacun a les propres jeux et univers qu’il affectionne, ce qui nous permet de nous compléter. Pour Grégory, c’est Warmachine et Infinity, pour Christophe c’est davantage Warhammer Battle (« Je m’en fous du moment que je fais des bonshommes »), et Ezekiel est le spécialiste de tous les systèmes. C’est la référence quel que soit le système de jeu, il connaît tout !

Comment voyez vous l’évolution de cette activité ?

Hobby Shop - Il y a une explosion des gammes. Les sculpteurs proposent leur propre marque et on assiste à une multiplication des jeux. Le marché explose en variété. Il y a 20 ans, on ne connaissait pas les marques étrangères et il n’y avait que trois gammes. Avec l’évolution des forums et d’Internet, la visibilité instantanée a favorisé un renouveau de l’Héroïc Fantasy et de la science fiction, notamment au cinéma. Depuis Willow, il n’y avait presque rien eu, mais on a vu arriver Narnia, La boussole d’or, Prince of Persia, le Seigneur des anneaux…

Quelqu’un peut commencer la figurine juste parce qu’il a vu le Hobbit par exemple.
Il y a 15 ans, c’était des types barbus qui jouaient dans une cave, aujourd’hui on assiste à une « dé-ringardisation » de notre passion. Le milieu de la figurine a été propulsé par le jeu en France. Avant, en Allemagne ou en Angleterre, le jeu de figurines était quelque chose de familial, en France c’était juste impensable d’y jouer en famille. L’adaptation de romans en séries TV amène enfin une déclinaison de l’univers en jeux de société, (exemple de Games of Throne), et parfois en jeux de figurines.

Quel est le moment que vous préférez dans l’élaboration d’une pièce ?

Grégory - Le montage, la conversion, la préparation.

Alexandre - Ma façon de travailler n’importe comment. Autant en peinture de jeu qu’en vitrine. J’aime ajouter, enlever, modifier, j’aime quand c’est complexe. J’ai pu passer des centaines d’heures sur un projet.

ChristopheQuand c’est finit, quand on est content de ce qu’on a réalisé. Pour l’anecdote, les Portepestes du Games Day ont été réalisé en une journée. On a assemblé les figurines le samedi matin à 10 heures en ouvrant la boutique, et on les a finit le soir à minuit avant de partir.

Et celui que vous trouvez le plus difficile ?

Hobby Shop - Les couches de base est le moins rigolo. C’est pour ça que toutes nos bases sont d’ailleurs faites en Army Painter (rires). Les quantités sont également le plus compliqué à gérer quand on fait de la peinture de jeu.

La théorie des couleurs est à la mode et les figurinistes s’y intéressent de plus en plus. Travaillez vous ce point ?

Alexandre - Je travaille avant tout à l’instinct. Je ne fais pas comme les gens ont l’habitude de faire et j’aime briser les conventions. Je suis l’anti-académique du groupe. Christophe a fait des études d’art et est donc plus classique dans sa peinture. Greg est aussi un autodidacte et trouve un bon niveau sans chercher l’excellence.

Quelles sont vos couleurs favorites ?

Gregory - Le Sanguine Base (P3), un rouge foncé.

Alexandre - Le vert fluo et le violet. En pots, ça donne donc le Scorpion Green et le Warlock Purple.

Christophe - Le Noir.

Vous étiez venus en force au Games Day. Racontez nous l’aventure.

Hobby Shop - Le GD était un voyage organisé par la boutique. Nous sommes partis en Bus à minuit le samedi soir pour arriver le dimanche matin. On l’a fait pour nos « petits », ceux qui ne peuvent pas y aller seul car ils sont encore trop jeunes. On voulait montrer qu’il y avait quelque chose derrière les produits Games Workshop. On était 4 adultes pour gérer 50 personnes, ce n’était pas de tout repos.


Qu’est ce que vous avez pensé de l’évènement ?

Hobby Shop - Dans l’histoire des Games Day, il y a eu une amélioration au départ puis une baisse de qualité cette année. C’était bien mieux au Parc Floral. Dans cette dernière édition, l’évènement était moins grand, la salle était plus vide, il y avait une ambiance froide. En regardant en arrière, on se rend compte que l’époque du stade de France était magnifique.

Vous aviez organisé le concours de l’OGRE en 2010. Qu’est-il devenu ?

Hobby Shop - L’OGRE était un Open de peinture qui prenait place dans le salon Stratépolis. Il a avorté très vite car il y a eu des conflits d’intérêts. Le salon de Stratépolis n’était pas très bien organisé, manquait de communication et s’avérait très difficile d’accès.

Quels sont les prochains salons auxquels vous souhaitez vous rendre ?

Alexandre - Je fais l’Octogone tous les ans car je connais bien les membres de la Fantask Team avec qui j’ai une bonne affinité.

On ne peut pas se déplacer en gros car on travail le samedi, et qu’on ne peut couper l’équipe en deux. Être moins de 4 le samedi deviens vite compliqué.


Quels sont les figurinistes qui vous impressionnent aujourd’hui ?

Grégory - Je n’évolue pas dans un milieu de peintres, du coup je ne connais pas les noms, mais il y a beaucoup de gammes qui me plaisent. Je ne m’intéresse pas à ce qu’il y a derrière. J’évite d’associer une entité et je préfère en rester à la pièce.

Alexandre - Dans les clients, il y a Yannick Degiovanni, qui a une façon de transmettre sa passion qui est adorable. En sculpture, je citerai Allan Carrasco qui sait sublimer les formes. Il y a aussi Yannick Hennebo, JAG et Steve Party dont j’estime beaucoup le travail.

Pour finir, quels conseils donneriez vous à un débutant ?

Hobby Shop - De commencer avec quelqu’un qui a de bonnes bases, dans une communauté. Il faut écouter les conseils, en jeu comme en peinture, de regarder ce qu’il y a côté de nous. Le débutant baisse souvent les bras si personne ne s’occupe de lui.

Il faut commencer doucement. Les gamins ont tendance à acheter tout et n’importe quoi, et finalement tout restera dans les boîtes. Il est clair qu’il est plus difficile de débuter seul qu’en communauté.

Questions adressées à Alexandre Vallet.

Comment as tu appris la sculpture ?

Alexandre -Tout seul, sans jamais rencontrer de sculpteurs pour parler sculpture. J’ai par contre lu beaucoup de choses, notamment le hors série Ravage. J’ai toujours été un manuel et j’ai 10 ans de menuiserie derrière moi.

Quelles sont les pièces qui te sont le plus cher ?

AlexandreLes grandes pièces, et particulièrement le Space Hulk et le diorama Infected Mushroom. Ce sont de gros projets que j’ai étalé sur un an. Je travaillais dessus de temps en temps, quand je voulais faire autre chose. Ce sont souvent des idées tirées par les cheveux à la base, sur lesquelles j’essaie de me surpasser sans compter les heures de travail.

As tu tes projets en cours ou de prévus ?

Alexandre - J’ai eu pas mal de projets avortés, et depuis la boutique, je ne réfléchis plus à long terme. Je me laisse vite séduire et j’achète beaucoup de figurines, j’entasse. On verra ce qui en ressortira.

Est-ce qu’il y a une sculpture qui t’ait récemment séduit ?

AlexandreJ’ai pris énormément de plaisir à peindre le seigneur de nurgle en plastique. J’ai du y passer une trentaine d’heures, socle compris.

Enfin, rêves-tu de peindre ou de sculpter un jour une figurine particulière ?

Alexandre - Comme je suis sculpteur, j’ai l’opportunité de pouvoir faire tout ce qui me passe par la tête, du coup si quelque chose m’intéresse je suis en mesure de le concrétiser. Je n’ai pas de limites. En revanche, ce qui me ferait plaisir serait de pouvoir éditer l’une de mes figurines dans une marque prestigieuse.

 

Style

Le charme de Hobby Shop tient de ses nombreuses vitrines. Celles ci accueillent un grand nombre de figurines d’expositions et de concours. Du diorama, de la figurine à pied, des monstres… tout y est diversifié. On retiendra également des tables de jeux particulièrement soignées et nombreuses, des figurines d’occasion et des échanges permanents. Là où les boutiques à fort tempérament commercial empilent les produits sans jamais entretenir de relations avec leur clientèle, la nouvelle caverne grenobloise impose jusqu’à présent un bel humanisme.

Adresse :
Hobby Shop
7 rue Paul Bert
38000 Grenoble
France

About Cyril Tuloup

Gère mondedep'titsbonhsommes.com, peint sur commandes et pour le plaisir. A une préférence pour les sujets animaliers et fantastiques mais apprécie tout ce qui touche à la miniature. Nourrit un blog Figovaure.