[Edito] Nature de la figurine et motivation

«Créer, voilà la grande délivrance de la souffrance, voilà ce qui rend la vie légère.» F. Nietzsche.

La peinture de figurines est une activité qui demande de la concentration et des efforts. Cette pratique solitaire qui peut faire figure de thérapie personnelle rencontre aussi ses propres difficultés. Entretenir sa motivation n’est pas chose facile et le simple plaisir de peindre ne nous accompagne pas toujours. Intéressons nous au pourquoi de nos difficultés et à la manière dont nous pouvons nous motiver. 

Nature de la Figurine 

Contexte

La figurine permet à des personnes qui n’ont jamais eu d’affinités avec les domaines artistiques de les pratiquer. Les monstres que nous peignons dans le fantastique sont la parfaite continuité de nos légos ou dinosaures en plastique. Emprise dans le domaine du jeu, la figurine est un pion que nous devons honorer de belles couleurs. Mais en évoluant, en poussant le travail de peinture, de composition, d’histoire, on arrive en face à de nouvelles complexités. Le plaisir de faire des choses plus grandes et plus ambitieuses est sujet à remous.

Ce qu’il y a de plus fort dans la figurine, c’est son absence de cadre. Le tableau demande l’effort du dessin, la figurine demande l’effort de la globalité. Pour réussir une pièce, il faut là travailler sous tous ses angles, savoir la mettre en évidence malgré sa finesse ou ses nombreuses courbes. On recherche du réalisme pour qu’elle soit expressive et de l’harmonie pour qu’elle soit agréable. Mais la sculpture nous impose une mise en lumière, elle exerce un pouvoir sur la liberté du peintre : Celui-ci devra se dépasser pour en tirer quelque chose de créatif, il faudra aussi bien que son travail se libère de la gravure qu’il fasse union avec.

La représentation

Les exigences de la figurine de haut niveau sont tout aussi importants que ceux de la peinture traditionnelle sur toile. Le seul cadre de votre personnage est son socle, le travail pour maintenir un regard et un intérêt sur votre figurine est donc des plus compliqués. La puissance de l’expression 3D demande beaucoup d’efforts. La figurine qui marque l’attention est celle qui dépeint son monde, qui emmène son spectateur dans un contexte nouveau et différent. L’homme a besoin de fuir le monde tel qu’il se présente à lui pour épanouir son âme. Dans le fantastique, les sujets abordés peuvent très bien, au travers d’une créature, refléter les angoisses et les désirs des hommes : Que voir dans une démonette de Slaanesh sinon le reflet fantastique de Catherine Tramell ?

Motivations  

La place d’Internet

Internet nous met en relation avec des centaines de sites, de blogs et de forums où les images ne manquent jamais. C’est un très bon moyen pour entretenir sa motivation et trouver du plaisir, on rencontre des gens qui nous soutiennent, on échange facilement et on trouve des idées. Si vous vous sentez isolé, c’est un monde formidable qu’il faut s’empresser d’ailler côtoyer. Mais être connecté ne suffit pas et son flux n’est pas sans conséquences. On peut se sentir submergé et dépassé à la vue de tout cette ébullition. Le développement de Facebook et du j’aime pousse à centraliser son attention sur les choses qui marchent selon un concept bien précis. La recherche d’une reconnaissance est toujours croissante et les gens s’intéressent uniquement à ce qui fait la mode. On pardonne moins les erreurs et on ne porte plus d’intérêt à ce qu’il y a autour de la bulle de succès (l’as ton déjà fait?). Dans tous les domaines, l’ouverture et la disponibilité maquent toujours, on regarde avec une distance pimentée de mépris ce qui se fait autour de nous. Même si il faut passer par Internet pour progresser, il n’est pas le garant définitif de la motivation.

L’inspiration chez les autres

«Il est très important quand on veut être heureux, de s’intéresser à autre chose que soi même.» B. Russel (Ma conception du monde).

Pour préserver ou renouer son plaisir de la figurine, il faut savoir se trouver une ligne de conduite, exiger de son travail une ambition. Garder à l’esprit des icônes ou des modèles est un moyen d’avancer pour trouver à son tour son propre chemin. Vous ne deviendrez pas celui que vous admirez, mais en découvrant ses faiblesses et ses qualités, vous apprendrez à vous tourner vers ce qui vous représente. Citons le phénomène Allemand qu’est Massive Voodoo. Ces singes de la figurine consacrent leur vie à la miniature dans une démarche parfois décomplexée, parfois sérieuse et toujours créative. Répétant sans arrêt leur slogan « Keep on Happy Painting ! », ils nous invitent dans un monde qui ne cherche qu’à produire de la joie. Celle ci deviens moteur de l’existence, et seul remède face aux coups incessants de la vie.

On peut chercher à se motiver en multipliant nos projets. Comme on ne peut pas toujours avoir le regard intelligent et de l’efficacité en se concentrant sur une unique création, alors il ne faut pas hésiter à en commencer d’autres sans trop s’inquiéter de leur sort, à la manière de cette communauté qui essaie plein de choses.

Le déplacement & le défi

Se rendre sur une exposition a un double intérêt dans le temps : Avant l’évènement, on saisit toute l’énergie nécessaire pour finir son Display, on avance à grand pas dans nos projets et on a un but en tête : celui de finir ou de réaliser de la plus belle des façons son personnage. Après l’évènement, on désire revivre cette expérience avec un élan d’activité. Les concours à date rapprochés favorisent une énergie croissante. Dans un esprit semblable, le défi est le moyen de jouer contre le temps : On l’anticipe pour ne pas le subir, on l’affronte pour dépasser sa conception. Il s’agit de prendre les commandes de son navire pour accomplir ce qui n’arriverait jamais sans effort.

Voilà pour l’edito de cette semaine. Les idées sont loin d’être traitées dans leur globalité, notamment la notion de Nature de la Figurine (on reviendra sûrement vers elle dans un prochain texte), mais j’espère qu’il apportera quelque chose. Et vous, qui vous motive à faire de la figurine ?

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About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.