[Interview] Christian Hardy

Nous avons rencontré Christian Hardy au salon de Montrouge. Il s’occupait de la gestion du Stand Figone et présentait ses derniers travaux de sculpture. Ce Nantais connu sous le pseudonyme de Wolidor fait partit des figurinistes les plus productifs du moment.

Bonjour Christian. Comment es tu rentré dans le monde de la figurine ?

Christian – Par mon voisin qui était joueur. Mes premières figurines étaient des soldats de l’Empire ( Warhammer hein… pas Napoléon ), mon armée favorite à l’époque et encore aujourd’hui. Il le resteront toujours.

Qu’est ce qui t’a conduit à une pratique aussi régulière ?

Christian – Le chômage (rires). Si à la base la figurine est une passion, le chômage m’a conduit à pratiquer la figurine d’une manière quotidienne. Les premiers temps étaient en « rush gédéhique », puis j’ai ensuite gardé ce rythme en me mettant de plus en plus à sculpter, et c’est devenu un vrai travail après avoir eu des opportunités à l’Open de Couëron en 2011. Je me suis lancé comme professionnel il y a un an et un mois.

Petit retour dans le passé : Quels ont été tes premiers « chocs esthétiques » ?

Christian – Comme tout le monde, ce furent d’abord les White Dwarf avec les photos des Games Day, l’époque des Bonamant, Carrasco…. Comme j’étais plutôt mauvais joueur, je me suis orienté vers la peinture qui me semblait plus naturelle.

De quelles façons as tu réussi à atteindre ce niveau ?

Christian – Grâce aux concours. J’ai commencé à en faire vraiment beaucoup durant ma période de chômage, ce fut un excellent moyen de progresser. C’est en montrant ses pièces, en s’intéressant à celles des autres, en acceptant de recevoir les critiques que l’on progresse. Il faut aussi essayer de trouver le truc qui n’a pas été fait, qu’on peut amener de nouveau, c’est très motivant. 

Comment organises tu tes journées de travail ? A quel moment es tu le plus productif ?

Christian – C’est le matin que je suis le plus productif, après cela dépends de la pièce, au moment où tu en es dans la sculpture. Si j’arrive à avoir un « déclic » pendant le travail, c’est à dire quand tu arrives à ce que tu souhaites vraiment représenter, le reste est quasiment assuré, ce n’est plus que du plaisir. Il faut arriver à ce moment là, où tu sens que tu es sur la bonne voie.

Et dans quelles conditions ? Certains passent des films, d’autres de la musique, certains travaillent en groupe.

Christian – Je ne suis pas du tout film en arrière fond, mais j’écoute de la musique qui accompagne souvent le style des pièces. Quand tu poses de la masse ou que tu es dans les détails, tu n’écoutes pas les mêmes choses.

Quels sont les figurinistes qui t’influencent aujourd’hui ?

Christian – Ma progression ces dernières années est aussi du à Steve Party, pour la rigueur et la finesse de ses pièces, ainsi que pour avoir eu la possibilité d’échanger énormément avec lui. Je peut citer Rémy Tremblay, Patrick Masson ou encore Edgar Skomorowski, et évidemment les 3 Nantais JAG, Thomas David et Mikh.

As tu des projets en tête ? Compte tu lancer une gamme personnelle par exemple ?

Christian – J’ai des projets en tête, mais pas dans le cadre d’un travail à plein temps. Je vais commencer en septembre des cours de réalisation 3D, qui s’orientent vers les univers des jeux vidéos, du cinéma et de l’animation. On verra ce que ça peut donner aussi en mettant cette formation au service de passion ! (affaire à suivre donc)

Je vais bientôt avoir un appartement, et mon premier objectif sera d’installer un coin peinture, car je sais que je ne peins pas assez, puis un coin sculpture pour sculpter du gros. J’ai en tête une genre de grosse baleine démoniaque, que j’aimerai vraiment réaliser.

Quelles sont les éléments et les sujets que tu préfères travailler ?

Christian – Le dynamisme des pièces, les petits trucs qui changent des choses ordinaires, les détails qui disent tout. J’aime beaucoup les styles FX, réalistes, les travaux de personnes comme Benoît Ménard, Bruno Lavallée, (pour ne citer qu’eux), donc j’essaie de mélanger de plus en plus le tout (sans pour autant y arriver). En revanche je ne suis pas vraiment attiré par les styles Eavy Metal, qui ont des rendus que je ne recherche pas du tout.

J’adore les monstres bien sûr. Il est rare de trouver une gamme faisant cela à l’échelle de la figurine, il en existe principalement dans des plus grandes échelles, surtout en bustes de grande taille. J’essaie de les adapter au monde de la figurine. J’aime beaucoup les choses organiques. Pouvoir changer de sujets est quelque chose que j’apprécie beaucoup, en passant des monstres aux elfes par exemple, pour ne jamais se lasser.

Et ceux que tu trouves compliqués  ?

Christian – Pour le moment je dirais les contraintes de moulage, ça bloque l’élan quand tu veut faire des envolées de partout, ça va de paire avec les découpes…

Quelle est par exemple la figurine la plus difficile que tu ai eu à faire ?

Christian – Une figurine pour Dark Age (l’honor guard), très difficile car je ne suis pas un fan des éléments «robotique» des Space Marines, et que je n’aime pas les rendus « plats ». J’aime les choses organiques qui demandent des tensions, de la matière, ici c’était de grande surface plates avec des arrêtes tranchantes, le tout en symétrie avec une chaleur estivale trop forte et une pâte trop molle. A retenter maintenant….

Peut tu nous citer les gammes pour lesquelles tu travailles ?

Christian – Il y a Wonderland Projects, Bushido, Dark Age, Figone, des collectionneurs (voir les Elfes), une gamme pour laquelle j’ai fait des Samouraïs mais dont je n’ai plus de nouvelles, et d’autres dont je ne peut pas encore parler.

Qu’est ce que tu aimerais améliorer ou expérimenter dans tes prochaines productions ?

Christian – Les textures. J’ai récemment rencontré Maxime Penaud qui m’a fait comprendre que chaque élément doit avoir une vie. Si tu sculptes une boucle d’oreilles par exemple, il faut identifier d’où elle viens. Il faut essayer de représenter toutes les textures possibles, aller au fond du réalisme. Une approche également soutenue par le sculpteur Michael Bigaud « Mikh ».

Il ne faut pas avoir peur de recommencer, il faut avoir confiance en ce que tu veut faire. Il faut persévérer dans le résultat que tu désires réaliser en premier, ne pas changer de perspective en cours de route.

Dans quels contenus puises tu l’inspiration et les idées ?

Christian – C’est tout un ensemble. Si je ne joue pas aux jeux vidéos, j’adore tout ce qui touche à leurs univers. Je regarde également énormement les galeries d’Artsworks sur le net et les dessins pour trouver l’inspi. Depuis mon enfance, je suis «élevé» par GW et Blizzard (Stracraft, Warcraft / W40k, WBattle). Les cinématiques de ces jeux sont des orgasmes à l’état pur.

Et si je ne pratique plus les jeux vidéos, c’est peut-être parce que j’en ai tout simplement trop fait dans le passé.

Avec quelles techniques de peinture travailles tu ?

Christian – Acrylique, j’essaie de faire un maximum mes bases à l’aéro. J’essaie également de plus en plus lhuile, car il est possible de travailler avec ce medium sur de petites échelles, comme le montrent notamment les pièces de Bruno Lavallée.

Tu es membre des Chevaliers du Centaure, association avec laquelle tu fais de nombreux déplacements. Que pense tu du monde des concours et de la vie de Club ?

Christian – Les concours sont à faire, si je n’en faisais pas je n’aurai pas autant progressé, c ‘est évident. Il faut montrer ses pièces et pratiquer. Au club il y a beaucoup d’historique, et c’est important de s’y intéresser, car il y a de très bonnes choses à prendre. De plus cela permet, entre les concours, de montrer ses pièces en «live» à différentes personnes et donc d’avoir autant de nouveaux regards sur une pièce, plus d’avis, de critiques.

Quels sont tes meilleurs souvenirs liés à la figurine ?

Christian – On vas dire que au moment ou nous faisons cet interview nous sommes en plein dedans, cette édition de Montrouge, voir de ce WE est vraiment super ! Le GD en Espagnol avec les membres du Club, où on était à fond dedans et complètement en mode «kikoolol». Les diner pré-GD sont aussi de super moments ! Je garde un super souvenir en particulier des dinner et surtout de «l’after» des GD allemands … juste génial...

Quelles sont les réalisations que tu préfères de ta collection personnelle ?

Christian – L’inquisitrice, une pièce que j’ai pas mal montré. Si je ne l’avais pas autant diffusé, il est clair qu’elle n’aurait jamais rassemblé à ça. Il y a des détails importants, tels la flamme, que j’avais à la base fait avec un élément de grappe de plastique ( de flagellants je crois ), et dont on m’avais souvent conseillé de refaire en sculpture. Puis j’ai cassé le morceau et j’ai été amené à la refaire, le résultat en devenant ainsi meilleur. L’ensemble de la pièce fut faite en prenant compte des avis des autres ( tout en faisant la par des choses évidement ! ).

Il y a aussi le Stryge qui fut un vrai plaisir à peindre, ainsi que le buste de vampire commencé à 1h du matin au Fimaje. Avant de le commencer je trouvais le sculpture peu attirante, puis une fois les lumières posées, ce fut le pied total à peindre. 

 

Dans les pièces présentes à ce concours de Montrouge, as tu ressenti un coup de cœur pour l’une d’entre elles ?

Christian – Oui, le buste de Sniper russe de Alexandre Cortina. C’est la première fois que je vois une figurine qui dégage une telle pression. Quand tu vois le personnage, tu as juste envie de le serrer dans tes bras et lui dire que tout est fini. Il devait y avoir d’autre pièces sublime, j’avoue ne pas avoir pris ( pu ? ) le temps de tout regarder.

Quels sont tes prochains objectifs ?

Christian – J’aimerai faire le concours du Monte San Savino, mais il demande un certain investissement. Je vais aussi bientôt aller à Phildadelphie, et je dois produire une pièce pour cet évènement. Et evidement pourquoi pas un de ces jours participer à un petit Crystal Brush ?

Enfin, quels conseils donnerais tu à celui qui souhaite s’aventurer dans la figurine, ou à continuer d’en faire ?

Christian – De bouger, de montrer ses pièces, d’aller vers les autres, de se trouver des «compagnons» de peinturlurage, de toujours se remettre en question. Il faut parler et ne surtout pas hésiter à demander comment un rendu a été réalisé… De savoir prendre les remarques qui font parfois du mal, d ‘accepter la critique et de se critiquer. Il est important de faire la part des choses aussi, mais si tu reçois des critiques, c’est pour mieux aller.

Merci de nous avoir accordé ce moment !

 

 

Compléments

Style :

Les figurines de Christian Hardy se démarquent par des atmosphères prenantes. Qu’elles soient sombres ou portées par une nature fleurie, les ambiances varient dans un style qui porte une attention particulière sur les silhouettes, les détails ou les socles. Une admirable esthétique se construit ainsi autour de personnages souvent issus des univers Games Workshop, mais toujours transposés dans un climat singulier.

Voici les trois Displays présentés par Christian Hardy au concours de Montrouge :

Pour en découvrir davantage et suivre ses nouveautés, direction le site Web !

Tags:

About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.