[Rétrospective] Crystal Brush 2013

Prestigieux concours organisé par le site Coolminiornot, le Crystal Brush s’est fait connaître pour être l’évènement le plus commercial du monde :  Pas moins de 10000, 2000 et 1000 dollars décernés au podium.  Il s’est tenu à Chicago le dimanche 21 avril, à l’occasion de l’AdeptiCon.

Si la majorité des participants sont originaires du pays, des Européens se sont envolés pour essayer de toucher le pactole. Avec une telle somme en jeu, l’homme retrouve un instinct primaire de compétition. Derrière l’ambition commerciale peuvent cependant naître des projets ambitieux qui transpose la figurine dans des enjeux artistiques. Les poids lourds du concours sont des créations ayant demandé un investissement énorme. Ainsi la valeur marchande attribuée au concours permet de faire évoluer le travail des figurinistes. Il en ressort des pièces qui dégagent autant d’intelligence que de beauté.

Une thématique de la mort très présente

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La première place du Podium est une création de Jérémie Bonamant Teboul. Cette représentation de la mort sous l’allure d’un bouffon se distingue par son sujet et le soin de ses ornements. La figurine nous met face à l’impasse de la vie : Notre destin est de mourir. On recherche des indices sur les éventuels messages dissimulés, notre regard plongeant dans une ambiance malsaine. L’étendard est une zone essentielle : Accompagné de dés et représentant le terme de Game of Life,  il nous fait comprendre que la vie est une succession de moments aléatoires sur laquelle nous ne pouvons avoir de véritable contrôle. Le fait que le personnage soit un Bouffon fait d’un sujet grave presque une comédie, notre situation étant finalement ridicule. (« La mort, le maître absolu», Friederish Hegel.)

Par ailleurs, la faucheuse nous invitant à garder le silence (elle place son doigt devant sa bouche), la figurine nous montre que l’inaction est un crime propre à la nature humaine. On cherche avant tout à préserver sa vie, plus que tout, et on laissera son ami mourir si notre silence pouvait nous éviter d’ affronter le danger. Terrorisé par la mort, l’homme est la créature de cette terre la moins courageuse. Le courage serait finalement ce qui nous permet de rompre avec tout ce qu’il y a de laid et méprisant en nous, comme notre désir abondant de sécurité ou notre profit personnel. Le travail sur les couleurs (rouge-violet, bleu ciel, visage teinté d’un vert chaud) est très habile, malgré des photos d’une qualité très moyenne.

Complément de l’auteur :

« La base est une figurine napoléonienne. Le projet voit véritablement le jour lorsque j€’ai une sorte de flash, et que je me rends conte de l’interaction visuelle entre les tenues napoléoniennes d’€™apparat que je peux tourner en ridicule avec le costume de bouffon, et la face d’€™un crâne encapuchonné. Car avant de parader dans ses beaux vêtements, il ne faut pas oublier qu’€™il fait la guerre. Tous mes éléments sont là, et après quelques jours de réflexion, nait cette illustration de Bertrand Benoit ».

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Le diorama de Raffaelle Picca évoque assurémment les films de Hayao Miyazaki. Ici la nature est rongée par la présence de l’homme (que l’on découvre par l’anatomie du monstre). Les effet de bulles noires ainsi que les couleurs employées rendent l’atmosphère très angoissante. On a presque mal au ventre de voir cette bouillie transformer  la faune et la flore. Une magie noire opère dans un monde prêt à exploser. La sensibilité dégagée par les animaux est forte, même si la mise en scène aurait pu présenter une lecture plus facile des éléments. La pièce réussit en tout cas à jouer sur les sensations de notre corps, là où la faucheuse troublait l’esprit. Le monstre détruit les arbres, habitat de plusieurs espèces et symbole d’un équilibre de la nature.

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On retrouve une ambiance préhistorique et primitive avec ce Barbare-Chamane priant les dieux. Le décor présente notamment des piliers inspiré des tribus Indiennes, qui rapellent assurément des masques. Dans un désert presque impossible à vivre, il s’adresse aux divinités en brandissant un crâne d’animal. Une violence énorme se dégage de l’ensemble, accentuée par une présence du soleil meurtrière.

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Cette guerrière chevauchant un oiseau géant dégage une atmosphère très agréable. Le travail des fleurs sur le socle laisse sans voix,  et s’harmonise à la peinture de Freehands précis et légers. Un condensé de douceur.

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Matt Cexwish, connu pour son appropriation de figurines Games Workshop au travers d’idées incroyables, a réalisé un robot joueur de flûtes succédé par une colonie de petits rats. Si la pièce n’impose pas de claque technique, elle nous fait quitter la vision traditionnelle de la figurine avec un socle vertigineux et osé. Le personnage semble voler au dessus du sol avec un air rêveur. Le Design de son instrument et de son armure sont visuellement très forts. La pièce dégage une harmonie nous faisant oublier son statut.

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La pièce de Emuse, que le public voit comme la plus belle peinture, représente un homme entouré d’une marrée de zombies. Perché sur une voiture encastrée dans un mur, il ne semble pas inquiété par la présence de ces êtres rampants. On irait presque jusqu’à anticiper l’action en l’imaginant décoller un coup de savate ou de fusil à pompe sur la demoiselle visiblement attirée par ses parties intimes. Son visage assuré en fait une pièce moins expressive que les autres, presque publicitaire, mais la clarté de l’ensemble lui permet d’être très lisible.

→ Cette troisième édition du Crystal Brush est un spectacle mémorable. On y découvre la figurine  dans sa capacité unique à représenter un monde que l’on embellit de notre propre imaginaire. Et seulement avec quelques pièces réellement travaillées pour l’occasion. Et vous, un coup de coeur perso ? Une remarque ? N’hésitez pas à laisser vos impressions !

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About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.