[Interview] Valentin Zak

Nous avons réalisé un entretien avec Valentin Zak à l’occasion du dernier concours de Montrouge. Fondateur de la gamme Ammon Miniatures, cet artiste complet a développé le nouveau jeu de figurines Da Clash !

Bonjour Valentin. Qu’est-ce-qui t’a amené dans le monde de la figurine ?

Valentin – La découverte du Codex Nains du frère d’un ami, je ne connaissais pas du tout ces univers avant. J’avais 10 ans à l’époque.

Te souviens-tu de ta première mise en couleur ?

Valentin – Oui, ils s’agissait d’un Tueur Nain. J’étais même allé à un magasin de maquettes pour me procurer de la peinture Humbrol, du « Bitume de Judée » afin de réaliser le vieillissement du métal. On peut dire que le résultat était vraiment sale.

Comment as-tu progressé ? Par persévérance, suite à des rencontres, à la lecture d’un tutoriel ?

Valentin – Il n’y avait pas encore tellement de tutoriels. Ma progression a été significative après avoir rencontré Allan Carrasco. Je suis alors passé d’un niveau de confirmé à bien plus que cela. Pour l’anecdote, la première chose qu’il ait fait en tenant l’une de mes figurines, c’est d’avoir enlevé toute la pâte que j’avais appliqué sur mon armature.

Tu as un passé dans le milieu du Graff. Quelle en fut ta pratique ?

Valentin – Comme je n’aime pas les Tags ou les signatures qui ont un côté presque égocentrique, avec l’idée que « je suis partout sur les murs », j’ai surtout réalisé des fresques.

Quelles sont les premiers chocs esthétiques que tu as ressentis ? Dans la figurine ou ailleurs.

Valentin – Les figurines d’ Allan bien sûr. Ses Orks et son incroyable démonette m’ont fortement marqué. Hors figurine, j’apprécie le travail de Eric Poweel, Mike Mignola ainsi que tous les films de Terry Gilliam.

Quelles sont les travaux que tu admires chez les autres ?

Valentin – Les armatures d’ Allan, qui sont toujours cohérentes même quand les poses des personnages sont très déformées. Pedro Fernandez pour ses sculptures qui ont un côté réaliste graphique. Il y a aussi les travaux de Mark Newman et Aris Kolokontes.

Comme je fais moins de peinture, je suis moins touché par cet aspect, mais j’adore les pièces de Mathieu Rouèche alias « Blabla » qui sont toujours des claques… Il n’y a jamais de surenchère dans ses peintures, c’est toujours dans le juste milieu.

Sur quoi portes-tu ton attention quand tu réalises une figurine ? Que recherches-tu ?

Valentin – J’aime les choses épurées, quand tu stylises une pièce, quand tu restes sobre et juste. La qualité d’une sculpture réside dans ses volumes, pas forcément dans l’abondance de détails. En peinture, j’apprécie les verts fluos, les roses, tout ce genre de couleurs.

As-tu des sources d’inspiration pour ton travail ?

Valentin – Je suis fan des films d’animation, que ce soient les Pixar ou les indépendants. C’était mon domaine de première orientation, j’avais même passé les concours pour les écoles, mais j’ai décidé de suivre une autre voie. J’ai toujours aimé les ambiances véhiculées par la BD.

Tu es papa des figurines Ammon Miniatures. Quand as-tu lancé la gamme ? Pour quelles raisons ?

Valentin – J’ai lancé Ammon il y a 4 ans. J’ai compris qu’en ne faisant que de la sculpture freelance, cela pouvait finir par me fatiguer, et je voulais aborder des sujets cartoon qui n’étaient pas proposé dans le commerce. En fait, j’avais envie depuis mes 12 ans de faire des choses à moi.

Quelles sont celles que tu préfères personnellement et celles qui rencontrent le plus de succès auprès du public ?

Valentin – Ma préférence va au Fatman, qui en revanche ne fait pas partie des figurines les plus appréciées. Le Norbit est le best-seller de la gamme, la figurine la plus appréciée. Dans mes pièces non commerciales, c’est le Bouffon Bourré, que j’ai traité comme une historique mais abordé en vue d’un résultat déplacé.

Qu’est-ce-que les gens apprécient dans cette gamme ?

Valentin – Le côté décalé loin des guerriers sérieux. Dans la gamme tous les sujets ne sont pas guerriers, assez peu ont des armes d’ailleurs. Il y a un vrai côté « Entre 2 napoléons je peux m’amuser ». J’aime voir quelqu’un passer à côté de la vitrine et avoir un petit gloussement, voir qu’il apprécie l’univers déjanté de ces figurines.

Quelles en sont les plus belles versions peintes que tu as pu voir ?

Valentin – Il y en 3 qui se démarquent bien : le Norbit de Martin Goumaz alias Dre4mit, le poulpe de Stéphane Camosseto et le Nemo de Maxime Richiero.

Tu es professionnel de la figurine depuis plusieurs années. Quelles sont les difficultés que peut rencontrer un indépendant ?

Valentin – Il faut une certaine auto-discipline. Je commence mon travail tous les jours à 9h. Il faut aussi s’imposer des horaires car sinon on peut toujours repousser. Je m’interdis les jeux vidéos, j’en ai d’ailleurs aucun chez moi. Par contre je fais parfois tourner un film en fond pendant une séance de sculpture.

Tu sculptes également pour d’autres compagnies. Pour quelles marques as-tu travaillé ?

Valentin – Il y a Arena Rex, McVey, GTC Bushido, Mierce, Figone, Eden, Blacksmith Miniatures, ainsi que des particuliers.

Quelles sont les techniques que tu emploies en peinture ?

Valentin – J’ai une approche qu’on pourrait qualifier d’assez « bourrine » quand je dois réaliser certaines peintures studios pour la gamme. Je fais pas mal de peinture dans le frais, que je ne dilue pas excessivement. J’applique souvent des « taches colorées » qui permettent de bien mettre en avant les sculptures sans passer par les 15 lavis nécessaires pour réussir le dégradé.

Je fais attention à ce qu’il y ait un fort contraste de valeurs. Si la technique est bien sûr indispensable, on peut privilégier certaines méthodes qui font gagner du temps, car il faut aller à l’essentiel.

Est-ce-qu’il y a un pot que tu trouves indispensable ?

ValentinLe Scaly Green, il n’y a pas une seule de mes pièces où il n’y en a pas. J’en ai fait un gros stock avant qu’il ne disparaisse. Il y aussi le Deneb Stone qui est une couleur géniale, ainsi que le Scorpion Green.

Quels sont les sujets que tu trouves les plus compliqués à aborder ?

Valentin – En sculpture ce sont les sujets mécaniques, les armures, quand on prend moins de plaisir à jouer avec les volumes. En peinture ce sont les socles, quand j’en réalise je veille à ce qu’ils ne desservent pas la pièce, comme celui du Bouffon par exemple, que je voulais sobre mais pertinent.

Selon quels critères juges-tu une figurine réussie ?

Valentin – Je fais déjà attention aux silhouettes. Si par exemple on voit la pièce à contre-jour, il faut déjà réussir à comprendre ce que c’est. Il ne faut pas que les détails dissimulent une mauvaise base. J’aime quand c’est épuré, dynamique, porté par une ambiance.

Je ne suis pas en admiration devant des figurines avec 15 freehands, alors en sculpture je n’apprécie pas les rendus surchargés.

As-tu des loisirs, d’autres passions à côté de la figurine ?

Valentin – Je dessine, mais dans mes loisirs il n’y a pas de figurine comme j’en faits déjà toute la semaine. Je vais voir des concerts, passe des week-ends au soleil avec ma copine, bois des bières avec les amis, passe un moment autour d’un jeu d’ambiance…

Quelles sont les évolutions et les tendances que tu constates dans ce monde ?

Valentin – La partie historique semble s’orienter vers le fantastique, et dans le fantastique il y a de plus en plus de crossover entre les styles. Doucement la figurine se diversifie, il y a désormais une façon de traiter le style qui change. On remarque que des gammes comme Soda Pop s’orientent par exemple dans le manga.

As-tu ressenti un coup de cœur pour l’une des figurines présentées à ce concours de Montrouge ?

Valentin – J’ai beaucoup aimé les pièces de Stéphane Camosseto, avec leur côté BD stylisée et ultra graphique.

As-tu des projets sur le feu ?

Valentin – Le plus important en ce moment est le jeu Da Clash dans l’esprit de la gamme. C’est un jeu de lutte avec des règles loufoques. Pour les projets personnels, j’ai envie de faire du gros, des bustes en taille réelle pour pouvoir sculpter avec les doigts.

Pour finir, aurais-tu un conseil à donner aux apprentis figurinistes ?

Valentin – Qu’ils donnent d’eux-mêmes dans chacune de leurs pièces, qu’ils cherchent des idées et privilégient l’aspect créateur et original de la figurine plutôt que de s’embêter avec la quantité de lavis. De ne plus compter toutes les erreurs de peinture mais d’explorer de nouveaux rendus.

Merci d’avoir répondu à nos questions !

Style :

Les figurines de Valentin Zak sont reconnues pour le plaisir qu’elles procurent aux peintres. Les sujets décalés reprennent les univers fantastiques à travers des concepts toujours surprenants et inventifs. On reconnaît de loin le style haut en couleur des personnages. Du Gobelin qui se prend pour Napoléon à l’Ours en peluche qui manie la tronçonneuse, on découvre tout un ensemble de figurines décalées qui ne manqueront pas de vous faire sourire.

Note : Un grand merci à Nicolas Petiot pour la relecture :)

About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.