« Mes Figurines Préférées » n° 02 | Jérôme Servais

Dans une démarche inspirée par l’émission Ma scène préférée du site AlloCiné, nous invitons des peintres, sculpteurs et blogueurs venus nous parler des figurines à l’origine de leurs passions. Des chocs esthétiques qui ont radicalement changé leur manière de peindre aux coups de coeur les plus personnels, ils nous présentent leurs sources d’émerveillement. 

 

→ Peintures de l’invité.

L’invité d’aujourd’hui est Jérôme Servais, peintre français connu sous le pseudonyme de Myrddin. Ses créations couvrent les univers fantastiques mais empruntent parfois un chemin historique, comme en témoigne le tout récent Clansman. Un habile équilibre technique viens porter son attention sur les harmonies chromatiques, préférant le cohérence aux lumières excessives. Une agréable sensation de légèreté et de calme règne ainsi sur des figurines qui évoluent à travers des décors toujours travaillés. Il est l’auteur du site web myrddin-figs.com.

« Lorsque Cyril m’a proposé d’écrire un article sur mes figurines préférées, j’ai tout de suite accepté… et me suis retrouvé dans la mouise. Je n’ai pas vraiment l’habitude d’écumer le net ou les magazines pour regarder et disséquer les plus belles figurines qui s’y trouvent. Je n’ai pas de dossier regroupant mes inspirations… Bref il va falloir que je me creuse un peu.

Avant de passer aux figurines, je vais juste vous décrire ma démarche. Plutôt que les figurines qui m’ont le plus plu, je vais plutôt parler des figurines qui ont marqué un tournant dans ma manière d’aborder la peinture. Alors ne vous attendez pas forcement à des tueries techniques à chaque coup, la technique pour moi ne fait pas tout.

Fomorian Blood Reaver, par Rob Jedi

La première figurine dont je vais parler est certainement celle qui a été la plus déterminante, dans ma volonté de toujours m’améliorer, dans ma volonté de poursuivre dans le hobby. J’ai commencé la peinture de figurines sur le tard, à 23 ans, grâce à ma femme qui m’avais offert le numéro un du « Le Seigneur des anneaux le jeu de batailles » chez Atlas, six gobelin de la Moria, un mauvais pinceau et des micro-pots de peinture. Je n’ai jamais été joueur, je peignais dans mon coin, à coup de gros emplâtres de couleurs. Fondu, texture, dégradé… autant de concepts qui m’étaient inconnus. Jusqu’à ce que l’on me fasse découvrir le site Créafigs, et cette figurine de Fomorian Blood Reaver d’un certain Rob Jedi, dans un tutoriel du site.

J’ai découvert avec cette pièce que l’on pouvait diluer sa peinture et même fondre deux couleurs ensembles, un truc de dingue ;). A partir de cette étape j’ai commencé à vraiment chercher la qualité lorsque je commençais un nouveau projet. C’est sciemment que je ne montre pas la figurine terminé mais une étape du wip. C’est cette image que j’ai gardé en mémoire. Plus de vues et le Tutoriel complet ici :

http://theminiaturespage.com/workbench/830183/

Rodeur Wolfen, par Laurent Esposito Mas.

Lorsque je dis que je ne furète pas sur le net pour regarder des figs, c’est partiellement vrai. En fait lorsque je vais attaquer un nouveau projet, il m’arrive souvent de regarder sur le net les versions qui ont déjà été faites. Non pas pour m’en inspirer, mais justement pour chercher à en faire une version inédite. J’avais sous la main un Rodeur Wolfen, et je tombe sur mes recherches sur celui de Laurent Esposito Mas (ici la V2).

Cette version reste pour moi, la plus cohérente qu’il m’ait été donné de voir. Hormis que le rôdeur reste ma figurine préférée, elle me rappelle surtout mon premier concours, Blagnac 2006. Depuis lors je compare tous les concours auxquels je participe, à celui-ci. Pour moi, un concours doit avant tout être un week-end entre potes, une ambiance sympa et festive, avec quand même quelques belles figurines à contempler. Du coup à Blagnac j’ai pu avoir en main ce rôdeur, ce qui reste définitivement la meilleure manière de s’approprier une figurine. Cette figurine m’a appris qu’un socle simple et resserré est souvent plus efficace qu’un décor trop chargé, même si maintenant encore je n’y arrive pas toujours.

Petit Marius «Little Boy», par Yannick Degiovanni

J’aimerais continuer avec une figurine Andréa, le «Little Boy». Je  vais un peu tricher avec la consigne de Cyril de parler de 5 à 7 figurines. En effet pour ce «Little Boy» je vais présenter plusieurs versions différentes, mais toutes du même auteur, ça compte pour une seule non ?


 
  

Le petit Marius comme l’appel Yannick Degiovanni, est ce que l’on peut appeler sa « running figurine ». Depuis 1998 Yan a peint au moins 11 versions différentes de ce petit bonhomme. Classique, SF, fantasy, disco… la créativité de Yan s’est pleinement épanouie avec cette fig. Et c’est justement cela qui m’impressionne. Nos placards sont trop  remplis de figurines que l’on peindra « un jour » et qui prennent la poussière. Le plus souvent c’est parce que l’on n’a pas l’étincelle qui nous fait voir l’histoire que l’on va raconter en peignant. Être aussi original à chaque fois, comme l’est Yan, est une vraie  leçon pour moi. Une vraie motivation lorsque je ne sais pas sous quel angle travailler. En somme, en figurine tout est possible il faut juste laisser faire son imagination.

Minotaure, par Mathieu Lalain

Comme je vous l’ai déjà dit plus haut, la  technique pure n’est vraiment pas ce qui m’attire en premier sur une figurine. Malgré tout, techniquement parlant, bien plus que les Freehands cache-misère, je reste sans voix devant la finesse et les fondus parfait d’un Allan Carrasco ou d’un Mathieu Lalain.

Ce Minotaure Illyad peint par Mathieu Lalain reste une des plus grosses claques que j’ai pris en peinture (désolé pour la piètre qualité des photos, il n’y a plus de version accessible en ligne du minotaure, j’ai dû faire des scans de vieux ravage pour retrouver cette figurine). Le velouté et la douceur des fondus, et puis ces couleurs qui pètent dans tous les sens, miam !! Le violet et le turquoise sont définitivement les couleurs que je préfère travailler. Mathieu malgré lui, m’a poussé avec cette pièce dans mes retranchements pour chercher à atteindre cette finesse. Depuis j’essaie de travailler sur les nuances pour apporter de la vie à mes peintures.

Dracula, par Kostas Kariotelis

Juste avant d’en finir avec la figurine qui, pour le moment est la plus belle que je n’ai jamais vu, je voudrais parler, bizarrement d’une figurine que je n’aime pas spécialement. Parce qu’il est très important  de se rendre compte qu’on apprend autant des figurines qu’on aime, que de celles que l’on n’aime pas.

J’étais à St Vincent, pour le petit soldat 2006 lorsque ce Dracula de Kostas Kariotelis a gagné le Best of Show. Voilà, je disais je n’aime pas particulièrement cette figurine, le sujet ne me parle pas, et « émotionnellement » elle ne me transmet rien. Pourtant quel travail de dingue. Les photos ne rendent pas compte de la finesse de la sculpture, du superbe travail des métaux. Mais bizarrement ce qui m’a le plus marqué, c’est la façon de rattacher le décor au socle par une sorte d’entonnoir inversé. Cela apporte une légèreté et rend aérienne une figurine assez massive prise isolement. Il faut également savoir jouer avec le socle, pour qu’il fasse partie intégrante du diorama.

  

Gea, par Hugo Gomes et José Manuel Palomares Nunes

Pour finir encore une figurine que j’ai pu voir en live, mais surtout que j’ai pu tenir en main. La Gea de José Manuel palo­mares et Hugo Gomes est juste sublime. Je ne vous raconte même pas le stress à tenir une tel œuvre dans les mains. Je n’ai jamais fait tomber une pièce, et pourtant je n’étais pas rassuré. En discutant avec José, c’est un projet qui leur a pris plus d’un an. Pour moi peintre amateur, ce genre de pièce, comme celle de Kostas d’ailleurs, m’amène dans un univers dont je ne suis pas sur de vouloir rentrer. Pour arriver à un tel niveau d’excellence en plus du talent, il faut du temps, beaucoup de temps. Moi qui ne peins que pour mon plaisir, je ne sais pas si je garderais autant d’envie sur un projet qui durerait aussi longtemps. Ce qui rend encore plus exceptionnelle, à mes yeux cette Gea.

Le mot de la fin :

Voilà l’exercice de style est terminé, Je voudrais remercier Cyril de me l’avoir proposé, cela n’a pas été évident au début. Devoir regarder en arrière, comprendre pourquoi une peinture vous touche plus qu’une autre, ça demande du travail, pour moi en tout cas. J’ai beaucoup appris sur moi, et je conseille à tout le monde de mettre des mots sur les figurines que vous aimez, c’est très formateur.»

Historique des Invités : 

Tags:

About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.