[Défi] Parcours Batier (2/2)

Defi-singe

Pour faire suite au premier article, voici désormais le récit sur le parcours Félix Batier. Chaussez vos meilleurs baskets, étirez vous,  et une fois prêt, suivez moi !

En orange : le Chrono.
En Bleu : L’heure exacte.
Les photos n’ont pas été prises le jour du défi.

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Mardi 27 août : L’approche.

C’est le mardi 27 août que commence vraiment le départ. Bien que je réalise le défi seul, un ami m’accompagne pour réceptionner mes affaires et ensuite me ravitailler à mi parcours. On arrive à 17h00 à Dijon et on mettra environ une heure pour rejoindre l’entrée de la Combe à la Serpent, point de départ de la course. Le temps deviens vite très gris et il se met à faire des orages. Localisés à quelques kilomètres, on leur échappe met je crains leur éventuelle présence le lendemain matin. Si les prévisions météo semblaient bonnes, je sais que tout peut encore arriver. C’est donc avec une légère angoisse que je passe le début de soirée, mais pas une mauvaise angoisse, un sentiment assez trouble entre l’excitation du défi et la manifestation imprévisible de la nature. Il se met vite à pleuvoir, et chanceux, nous pouvons dresser notre tente sous un abri à proximité. En quittant mes chaussures, je remarque un léger début de frottements à l’arrière du pied droit. Les chaussures que je vais utiliser sont nouvelles, et je ne les ai testés que lors d’une seule sortie. Je commence à douter de ce qui va se passer demain, car si j’ai de bonnes sensations dans les jambes et que j’ai méticuleusement soigné mon alimentation, de trop fortes ampoules pourraient bien me poser problème. J’essaie de ne pas trop y penser.

C’est l’heure du repas, puis bientôt celle du sommeil. La nuit tombe vite et je met le réveil pour 3h00 du matin. Il ne faudra pas partir plus tard que 4h pour profiter un maximum des conditions matinales. Mon sommeil n’est pas profond mais moins terrible que ce que j’imaginais. Je me réveil vers minuit en croyant qu’il allait bientôt être l’heure d’y aller, puis j’essaie de me rendormir dans le duvet. C’est quelque chose qui arrive souvent la veille d’un grand départ, l’impossibilité de dormir correctement, car il y a tellement d’appréhensions dans l’esprit que le corps s’en trouve à son tour complètement troublé. Je me réveil à nouveau, mais cette fois ci juste deux minutes avant l’heure programmée sur l’alarme du téléphone. C’est parfait. Je commence à sortir les affaires de la tente et à les ranger, en attendant d’avoir une légère faim pour prendre un bon petit déjeuner. Pas facile de le faire passer à cette horaire, mais il faut se forcer pour être dans les meilleurs conditions. Le temps de s’étirer et de finir les préparations, l’heure du départ approche. Je regarde le ciel, il est magnifique. Les étoiles scintillent derrière un bleu nocturne parsemé de nuages rouges. C’est pour des moments comme ça que l’on s’impose des efforts chers à payer. Mon ami repart du côté de dijon et je le retrouverai à la Combe Lavaux, à Gevrey Chambertin.

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Mercredi 28 août : Jour J

3h53. Je commence à courir. Je sais que je dois gérer la course et ne pas brûler des forces inutilement. J’adapte une allure assez légère pour parcourir les premiers kilomètres. Pour l’instant je ne suis pas encore en plein milieu des forêts, mais sur un chemin blanc qui me mène assez rapidement à Chenôve. J’ai de très bonnes sensations mais au bout d’une heure, je sens déjà le frottement de mon pied. J’espère que ça passera, et j’essaie d’y croire. En se plongeant dans les forêts, je commence à ressentir quelques peurs. Je n’entends pas le silence, seulement mon souffle, mais cela ne m’empêche pas d’être parfois surpris par le bruit des animaux qui m’entourent. Qu’ils soient dans les buissons ou perchés dans les arbres, j’ai l’impression de tous les réveiller en courant sur mon parcours.

Quand j’arrive à Marsannay commencent les premières difficultés techniques. Il y a l’une des plus grandes descentes raides, et les pierres sont bien sûr glissantes avec toutes les averses  tombées la veille. Je dérape deux fois et redouble de vigilance. Je cours avec des bâtons légers souvent utilisés dans les KM Vertical, ils me sont forts utiles pour m’équilibrer dans les descentes et me pousser dans les nombreuses montées. Je veille à surveiller mon corps et à boire très régulièrement. Mon estomac est bien calé par le petit déjeuner et le repas de la veille, je ne ressentirais pas avant un bon moment le besoin de reprendre des forces. Le noir de la nuit persiste toujours autant. Je marche dans les montées et profite de chaque endroit plat pour courir et augmenter progressivement mon allure. Je me sens bien, la fraîcheur du matin aidant beaucoup. Je vois la lune qui me regarde, c’est exhaltant d’assister seul à cette beauté. Je gère ma course et surveille l’heure pour ne pas arriver avant mon ami. Le ciel commence à se dégager et je profite pleinement de la vue quand j’arrive au plateau de Couchey. Le parcours Batier traverse toutes les combes par les chemins les plus directs, et après des passages très verticaux, on regagne toujours de la hauteur et des vues très appréciables. Les jambes vont bien et j’arrive à canaliser l’effort, car je connais bien les difficultés qui arriveront ensuite.

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En me rapprochant de Gevrey, j’accélère vivement le pas pour être à l’heure. Je prends le temps de manger quelques barres pour ne pas épuiser mon organisme, et repars aussitôt dans la course. J’arrive finalement au lieu de ravitaillement à 7h30. Je le devine car ma montre n’affiche que le chrono, qui m’indique alors 3h40. Je commençais à avoir bien faim, et c’est d’un grand plaisir que je me nourris de pain d’épice, d’oranges et de chocolats noirs. Ces trois aliments constituent la meilleur nourriture pour ce type d’effort, ils couvrent les besoins en glucides, vitamines et magnésium, et surtout ne posent aucun problème à la digestion. Je recharge mon sac d’eau, il s’est déroulé presque 20 minutes depuis que j’y suis arrivé, puis je dis au revoir à mon ami. Mon sac est à nouveau assez lourd, comme au départ, et je sens la fatigue de la petite digestion qui suit cette étape. Les yeux sont moins ouvert, je sens les paupières un peu plus lourdes qu’avant. Ca passera.

La partie que j’enchaîne et qui commence les 26 derniers kilomètres, je le connais par cœur. Inutile de regarder le balisage, je me concentre sur mon rythme. Je vide un peu de ma réserve d’eau pour m’alléger et ne pas perdre trop d’énergie avec le poids du sac. Les montées de ce secteur sont parmies les plus raides, il n’est pas facile de courir à nouveau sur le plat du parcours quand on en finit l’ascension. Mais je sais que si je veut essayer d’arriver pour midi à Nuits Saint Georges, il faut que je me batte. Tout est beaucoup plus difficile qu’au début, la chaleur se fait sentir à partir de 8h30. Mais c’est davantage ma chaleur corporelle que celle du temps encore assez gris. Le soleil commence à se présenter mais j’ai la chance de ne pas trop le subir, car le chemin est souvent couvert par les arbres. Je sens le temps défiler et commence à m’organiser par de petits objectifs. A 9h20 il faudra que je sois à Chambolle ! J’y arriverai avec un peu de retard, mais je me relancerai à nouveau des objectifs pour essayer de maîtriser le temps. Dès que je vois une combe ou un endroit lointain que je sais pouvoir atteindra rapidement, je me met au défi d’y parvenir avant le temps imposé. Ca me permet d’arriver à 10h00 au panneau m’indiquant les 16 derniers kilomètres, et je sais qu’après les 6 premiers km encore très escarpés, la dernière dizaine présentera plus de plat. Je ne relâche pas l’allure, mon corps aimerait marcher plus souvent, mais ma tête lui ordonne de continuer de courir.

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En me rapprochant de Concoeur, ville perchée sur un plateau derrière Nuits Saint Georges, je sais qu’il ne me reste plus beaucoup de montées, et que je peut presque tout faire en courant. Je commence à souffrir des jambes et du pied ampoulé. Mon mollet droit se durcit fortement, je ne prends pas de crampes mais ressens sa lourdeur à chaque pas. Les cuisses deviennent également plus lourdes. Continuer de courir est une vraie plaie mais je sais que je peut atteindre mon objectif, et que ça ne tient qu’à moi. C’est bien là le but de ce défi, courir contre moi même et tirer de ces faiblesses des forces de persévérance. Je commence à croire réellement à la possibilité d’arriver à Nuits avant 12h00. J’ai plus de mal à respirer et fais donc attention à ne pas prendre de points de côté. Ainsi je ralentis dans les descentes les plus raides. La menace des points de côté finit par vite s’oublier et si les jambes ont encore plus de mal à suivre, je m’impose à continuer de suivre le défi que je me suis lancé. Chaque pas est bien difficile, mais je suis si près du but. Quand j’arrive vers la dernière combe, je bois un dernier coup et vide les autres petites bouteilles. Car dans le sprint final, il ne faudra pas se déshydrater trop vite et louper de peu un chrono à cause de crampes mal prévenues.

Je sais que je peut passer sous la barre des huit heures. Je regarde ma montre qui m’indique les 7h45 d’effort. Je donne tout pour cette dernière traversée et me propulse dans les dernières montées à l’aide des bâtons. Merci aux trois randonneurs alors croisés, les seuls depuis le début du parcours, qui me laissent gentiment leur  place pour passer. J’arrive enfin à la toute dernière descente que je sais courte. La montre indique 7h50. J’y met mes dernières forces et me moque des douleurs qui en surviendront. D’autres muscles se raidissent alors, ceux que je n’avais pas encore sentis commencent à se contracter C’est bientôt la fin ! La descente en cailloux laisse place à une portion de route et il reste alors moins de 100 mètres avant le panneau d’arrivée. Je fonce et accélère le plus possible, j’arrive à son hauteur et clique pour arrêter le chrono : Ca fait • 7 heures, 53 minutes et 14 secondes que je suis partit. Yes ! Défi validé et objectif atteint. Il est alors un peu moins de midi.

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À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai un peu de mal à marcher, mais c’est le prix à payer pour vivre ce que l’on désire. J’espère que vous apprécierez l’article et que vous trouverez à votre tour des défis qui vous correspondent. Merci à Fabrice sans qui je n’aurais pu accomplir ce défi.  Et merci à vous de me lire.

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Ouverture :
Si ce genre de défi permet de se connaître (sans vouloir paraître trop cliché), on n’y ressens pas autant la beauté de la nature et son silence. Ainsi il ne peut se suffire à lui même, et doit faire partit d’un attachement plus fort aux éléments. Ces nuances d’état permettront en tout cas de revivre sous un nouvel œil ce chemin passionnant, en troquant cette fois ci ma montre contre un regard enchanté.

 fin

Parcours Félix Batier
Côte d’Or (21000)
Dijon – Nuits Saint Georges
≈ 2000 m de Dénivelé positif
≈ 2000 m de Dénivelé négatif
• 51km

Temps : 7 heures, 53 minutes et 14 secondes.

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About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.