[Défi] Nuit Parkour à Lyon (2/2)

Retour sur le tour de Lyon, une virée nocturne entre la course à pied et le Parkour. Le plan et les motivations sont à découvrir dans notre annonce. Quittez le bureau, laissez les écrans de côté, et accompagnez nous pour la nuit.

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Avant le départ

Mardi 26 novembre, après de longues préparations, le défi peut enfin commencer. On se retrouve aux alentours de 19h, Aimeric, Pierre et moi, pour prendre le dernier repas avant l’épreuve. Ensemble, on s’amuse bien et on n’ose pas imaginer la difficulté qui nous attend. Dehors, un vent fort et glacial a sévi toute la journée. Chaque regard porté par la fenêtre croise le doute et l’incertitude. On nous demande pourquoi on a choisi la nuit, plutôt que le jour pour réaliser ce tour de lyon. Quel intérêt présente un défi si on certain d’ y arriver, et d’en sortir sain et sauf ? Sans même se mesurer à son possible échec ? La nuit, on est certain de ne voir plus que la valeur de sa volonté, la ville nue n’as plus rien à nous cacher, notre regard ne sera pas limité aux activités qui se pressent autour de nous. La profondeur du noir doit nous conduire à une expérience hors des sens, complètement désorientée, où cède soudain la frontière entre le rêve et le réel. Jusqu’où la nuit serait-elle capable de nous emmener ? A la fenêtre, il fait très noir et le vent secoue les arbres. Les forces bien calées dans l’ estomac, il est désormais temps de porter nos sac à dos et de réaliser les étirements. Aimeric nous accompagnera les deux premières heures, avant de nous retrouver à minuit pour le premier ravitaillement.

Début de la Nuit

A 21h20 s’élancent les premières foulées. Notre lieu de départ est le fort André Allix, que nous retrouverons le lendemain après une nuit d’efforts. On enchaîne quelques passe murailles, on hisse notre corps sur quelques murs, avant de continuer par d’autres obstacles. Le plaisir est là et on se faufile entre les arbres, les barrières, toute cette architecture urbaine qui semble avoir été pensée pour nous. Dans ce secteur de la résidence, une petite forêt se cache sur les hauteurs. On y accède après avoir gravi quelques murs, et l’atmosphère se transforme immédiatement. On a l’impression de se retrouver dans un film d’horreur, tous ces arbres regroupés, ces feuilles qui ne cessent de tournoyer par le vent, et cet air glacial… On sens déjà nos lèvres se gercer sur leur partie supérieur, la température est basse et le vent souffle fort. On sors des bois pour déboucher sur le terrain de basket de la résidence, mis en ambiance par le mélange de son éclairage et de la brume. Des arbres se présentent et on ne peut pas s’empêcher de monter dedans, pour se sentir dans la peau d’un singe, débarrassé d’un conformisme humain qui nous cloue au sol.

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Cela fait déjà une heure qu’on est partit, et si tout le monde semble avoir les jambes, le vent n’est pas simple à supporter. Après avoir fini notre session dans l’enceinte du fort, on descend par le secteur de Fourvière, en empruntant le parc à côté des ruines gallo romaines. C’est là que, nous voyant vêtus de bonnets et de vêtements noir, une voiture de police nous interroge sur ce que nous faisons. On as de la chance de ne pas avoir été vu sur le dernier mur escaladé. Alors qu’on avait prévu de passer par la cathédrale pour rejoindre le Vieux Lyon, on se rends compte que les portes sont fermées depuis 21h30, on arrive trop tard pour pouvoir prendre les formidables descentes de terre. On choisit donc les longs escaliers pour rejoindre Saint Paul. Sur la fin de la descente, on trouve l’occasion de s’amuser en rampant sous des escaliers au milieu des feuilles. La sensation du mouvement est géniale. Arrivé en bas, on pense à s’hydrater avant de repartir. Mais quel vent ! On comprend qu’il faut vraiment limiter les pauses pour ne pas geler en quelques secondes. Le froid transperce le pantalon de survêtement. Une fois repartit, on continue de courir et d’avancer pour ne pas être en retard sur notre horaire. Les deux heures d’efforts viennent de sonner et la situation physique est bonne. Mais le froid déclenche en nous une drôle de fatigue. On a beau avoir soigné la préparation et les nuits de sommeil précédentes, on arrive pas à retrouver la forme de nos sessions habituelles. Aimeric nous quitte quand on arrive au bord de la Saône, car il doit rejoindre le point de rendez vous que l’on s’était fixé, à l’hôtel de ville. On sera vers lui dans un environ une heure. On se dirige vers la colline de la Croix Rousse et prenons plaisir à franchir plusieurs obstacles. On s’arrête notamment dans les petits squares d’enfants, où il y a toujours quelques mouvements à faire.

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En arrivant vers le «gros caillou» de la Croix Rousse, on doit affronter un vent paralysant. Les vêtements emportés avec nous ne suffisent pas à combattre le froid, et de toute façon plus chargé on n’aurait pas pu courir. On s’arme de volonté et traversons plusieurs grandes rues exposées au vent, avant de commencer à redescendre du côté de l’hôtel de ville. La température nous met tellement à l’épreuve qu’on apprécie étrangement le moment. D’un côté c’est le grand jour du défi, il fait nuit, c’est magnifique, et de l’autre les distances qui nous restent à parcourir dans ces conditions font peur. On arrive assez rapidement sur la place convenue, où Aimeric et Ambre nous attendent dans un bar. On se trouve avec Pierre déjà bien fatigués mais on ne compte pas s’arrêter. Le froid n’est pas une excuse, la pluie et la neige peut-être, mais pas la température, non. On avale quelques aliments et on enfile une dernière épaisseur avant de repartir. On dit au revoir à nos camarades, et si tout se passe bien on devrait retrouver Aimeric à 5h à Bellecour. On cours en direction de la Part Dieu en empruntant le pont Lafayette. Une fois celui ci franchi, on décide de marcher un peu. Je commence à être complètement ballonné, à chaque pas fait en courant j’éprouve un mal de ventre. Rien ne remplace un peu de marche pour reprendre des forces et faire passer ce qui est sans doute de l’ordre de la digestion. Le temps passe moins vite qu’on l’aurait cru. On éprouve à partir de ce moment là beaucoup plus de mal à faire du Parkour, on alterne souvent entre la marche et la course. On choisit de passer par un de nos spots préférés de la Part Dieu, vers la porte de la bibliothèque. On peut y enchaîner escalades et sauts. On remarque que c’est le fait de grimper dans des arbres qui repose le plus notre organisme : on pend le temps de bien avancer, on touche et rentre en communion avec un élément naturel. Il est 1h30 quand nous décidons de continuer par les spots autour de la gare. On est étonné de voir aussi peu de monde dans les rues, pour cet endroit d’ordinaire sur-fréquenté. Il est encore assez tôt pour notre défi, mais déjà bien tard pour la ville.

Au cœur du noir

Trouvant difficilement des forces pour enchaîner des passe murailles et des obstacles, on se dirige du côté de Villeurbanne où on doit retrouver Xinyuan Lin, un ami d’école de Pierre. On marchera au final beaucoup avant de rejoindre son appartement, en parcourant de longues rues peu intéressantes. Je commence à comprendre que le corps humain n’est pas fait pour accomplir des efforts immenses la nuit. De matin et de jour, on est beaucoup plus réceptifs et concentrés, alors que cette situation là oblige de doubler de volonté pour parvenir au but. C’est ici même que se joue vraiment la nuit Parkour. Est ce qu’on est capable de maintenir le défi ? Avons nous vraiment du courage et de la détermination ? Alors que l’organisme nous impose de marcher, on entretient une discussion qui restera en mémoire. En suivant les grandes halées, on savoure le plaisir d’être confronté à des forces extérieures. Il ne s’agit pas de rentrer en opposition face à un élément, mais d’essayer progressivement de vivre avec, de s’en accommoder. Jamais on a connu un froid aussi violent, et on se motive en sachant que c’est précisément le moment à vivre pour s’endurcir. C’est aux alentours de 2h30 que nous arrivons chez Xinyuan  Lin, qui nous accueille avec le sourire. A cette heure là, lui, dessinait. Il fait en effet partit de la même école d’art de Pierre, et nous présente d’impressionnants carnets. Il travail également par correspondance sur un projet de jeux vidéos en Chine, dont il envoie par internet de nombreux dessins. Un passionné qui, comme le présente Pierre, «bosse comme un taré sans jamais se plaindre». Ca fait du bien de pouvoir se ravitailler et de manger le gros pain d’épice qu’on lui avait confié, même si l’estomac n’est pas des plus réceptifs. L’esprit reprend ainsi des forces et nous ne tardons pas, car nous savons que le froid va faire très mal si on reste trop longtemps à l’intérieur. Après ces 20 minutes de pause très agréables, on repars dans le défi. On se met à courir à bonne allure et c’est avec de bonnes sensations que l’on poursuit la nuit, maintenant bien entamée.

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On poursuis désormais vers Saxe Gambetta puis Guillotière, dont le vent de face nous envolerait presque. On aperçoit la grande roue de la place Bellecour et on appelle Aimeric pour le prévenir qu’on aura finalement pas besoin du dernier ravitaillement. On est en avance sur notre horaire et on se sent bien. On prend les quais du Rhône qu’on longera jusqu’au pont qui conduis à Perrache. Entre temps, en courant sur les murs inclinés à proximité des universités Lyon 2 et Lyon 3, je chute de quelques mètres. Je me fais mal au poignet en voulant me réceptionner, mais la douleur se calme et il reste seulement l’impression d’une entorse. En arrivant à Perrache on découvre les chalets installés pour le marché de noël, et on emprunte une rue de commerces. C’est complètement désert. On arrive sur Bellecour, une place de Lyon où l’espace se dévoile en quantité. Alors que dans les villes on se sens souvent serré, incapable alors de penser, cette place nous offre de la matière pour notre esprit. Car c’est seulement quand le regard se prolonge dans les distances, au contact de l’horizon ou des espaces vides, qu’une pensée active se ressent. On décidera de traverser en diagonale la place, en se donnant à fond. Sur la fin j’entends un bruit, un petit clac, comme si quelque chose venait de se casser. La main commence à être plus douloureuse mais rien ne présageait d’une fracture. Une fois la place parcourue, on continue en direction du point d’arrivée, qui n’est plus très loin maintenant. On prend le magnifique pont rouge éclairé du dessous, en face de l’Eglise Saint Georges. Le vent souffle moins fort et le corps a fini par s’accorder de la température, qui enfin nous laisse tranquille.

On se dirige vers ce qui sera notre dernier effort, la montée de Choulans. Elle débouchera directement sur la résidence, point de départ et lieu d’arrivée du défi. On se met d’accord pour tout donner et finir de la meilleur manière possible cette nuit Parkour. Je sens bien mes jambes malgré la fatigue du reste du corps, et comme j’adore les montées, je me réjouis du dernier plaisir de la nuit. On enlève quelques épaisseurs et c’est partit pour cette dernière ligne droite. Le début se passe bien et le souffle rentre en accord avec la cadence imposée par les jambes. On fais attention en courant sur le trottoir, car la route est même de nuit souvent empruntée par des camions. On en croisera au final très peu. La pente est longue et progressive, j’éprouve un réel plaisir à adapter mon allure, puis à l’augmenter. Les jambes en veulent encore plus alors il faut accélérer, je reconnais au loin les bâtiments et je sais qu’il ne reste plus qu’une centaine de mètres. Je fonce jusqu’à la porte du fort, les cuisses durs et le souffle en plein travail. Je retrouve Pierre et on savoure ensemble l’accomplissement du défi. Il est 5h passé, on est épuisé mais content d’être de retour, et  enfin au chaud.

J’espère que l’article vous aura plu et peut-être donné envie de continuer à explorer votre ville. Ce fut en tout cas pour nous un moment riche à vivre, qui nous laisse avec un ensemble d’émotions et de vécu. Merci aux camarades et à Aimeric pour tous les services rendus.

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Tour de Lyon & Nuit Parkour
Rhône Alpes (69000)
Du mardi 26 au mercredi 27 novembre.
Température : ≈ – 5 ° / – 7 °
Vent : ≈ 26 km/h
Temps :  7 heures, 36 minutes et 11 secondes.

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About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.