[Montagne] Survies dans l’extrême

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« Ce que l’homme sait le mieux faire, c’est survivre. » Ainsi une plume décrivait le récent et brillant Gravity, œuvre sur l’Espace et la Terre. Alors que la vie se protège dans les maisons, qu’il est devenu rare d’avoir réellement peur, il arrive parfois que des hommes s’égarent dans la Nature, ou qu’ils en rencontrent les tempêtes. Retour sur des expériences de survie inimaginables, des drames, des instants où l’homme a su s’affronter lui-même pour rentrer chez lui. Nous sommes bien souvent l’ennemi de nous-même, survivre, c’est se réconcilier avec soi.

Pilier central du Frêney – Juillet 1961

Une équipe d’alpinistes patiente dans un refuge non gardé, sur la face Sud du Mont Blanc. Des bruits de pas dehors, une porte qui s’ouvre : Walter Bonatti arrive avec ses compagnons pour l’escalade du Pilier du Freney. Les deux cordées s’uniront. Après s’être élevé sur le raide pilier de granit, les alpinistes sont bloqués par le mauvais temps et ne peuvent plus progresser. Alors qu’il plaçait un piton, Pierre Mazeaud remarque des flammèches sur son marteau. La foudre va s’abattre sur eux…

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Épuisements

Les hommes doivent attendre le retour du beau temps, mais celui-ci n’arrivera jamais… Walter Bonatti impressionne ses amis avec un visage de calme, luttant avec sagesse contre le déploiement monstrueux de la Nature. Assis sur les rochers, les hommes sursautent lorsqu’ils entendent un coup de tonnerre. Un éclair frappera Pierre Kholmann à son appareil auditif, le criblant de douleurs. Quand l’orage cesse, ils entament la descente, mais il a tellement neigé qu’ils s’enfoncent jusqu’aux épaules. Épuisés, ils lutteront jusqu’à bout de forces, perdant leurs amis au cours de la descente. Seuls trois hommes survivront à cette situation périlleuse, Mazeaud, Bonatti et Gallieni.

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La façon dont Pierre Mazeaud a transmis l’histoire dans Montagnes pour un Homme Nu, est tout simplement renversante. Rarement un lecteur ne fut, dans un récit de montagne, aussi bouleversé par les évènements. Dans une nature aussi hostile et puissante, personne n’est en mesure de survivre. Le miracle fut joué, à force de volonté et de courage, pour une poignée d’hommes.

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Grandes Jorasses – Février 1971

Partis affronter la longue arrête rocheuse de la face nord des Grandes Jorasses, René Desmaison et Serge Gousseault vont faire face aux conditions extrêmes du milieu. Le roman 342 heures nous entretient avec la poésie des deux hommes. Progressant chaque jour d’une centaine de mètres, profitant du beau temps les premiers jours, la cordée se retrouvera dans des conditions climatiques insupportables.

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Vaincre l’impossible

Le mauvais temps fragilise leur progression, les hommes sont coincés à quelques mètres du sommet. Le jeune Serge Gousseault s’éteindra sur la montagne, laissant René Desmaison seul. Sa femme Simone relancera sans cesse les secours. L’hélicoptère se rapproche plusieurs fois de la paroi, mais ils ne comprennent pas les gestes de René Desmaison. L’alpiniste ne lâchera rien et luttera pour son ami, pour sa femme, pour les hommes. De magnifiques pensées se détacheront de ce corps en douleurs, l’homme écrivant ses impressions devant « ce soleil qui se lève et se couche chaque jour, et ce à quoi l’homme ne peut rien faire ». René sera finalement sauvé par des cordées héliportés sur la face sud.

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Lors du transport à l’hopital, le médecin n’en croyait pas ses yeux : avec un taux d’urée aussi faible, il se demande comment René a pu survivre. Son état de santé était grave.

Jamais un homme n’avait affronté, après la perte de son compagnon, de telles conditions. La pression psychologique de Simone Desmaison, sa lutte acharnée pour convaincre les secours, est  renversante et admirable. Deux modèles de combativité, deux modèles de survie dans un monde inhumain ou tantôt humain, au gré du vent.

Tracé de la directe Desmaison Gousseault, Grandes Jorasses

Siula Grande – Mai 1985

Devenue célèbre à travers Touching the Void, l’histoire de Joe Simpson et Simon Yates est l’un des drames les plus redoutables de l’alpinisme. Après avoir atteint le sommet du Siula Grande au Pérou, en style alpin, ils entament la descente. Isolés à l’extrême, les deux hommes savent bien que la moindre faute est impardonnable.

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Cordée séparée

À peine repartit du sommet, Joe se fracture la jambe. Son compagnon doit le faire glisser en rappel au prix de plusieurs manoeuvres. Alors que la neige et la nuit tombent, Joe continue de descendre, puis se retrouve pendu dans le vide, accroché à la corde. La situation est terrifiante : liés par la même corde, ils ne peuvent plus communiquer. Il fait noir, et dans le blizzard, Simon n’a aucune idée de ce qui a pu arriver à son ami. Aspiré vers le vide, perdant ses forces, il n’a d’autre choix que de couper la corde, pour ne pas être entraîné à son tour vers le bas. Une telle chute serait fatale aux deux hommes. Imaginez un seul instant la pression morale que dois impliquer cette décision. Joe fait une chute importante dans une crevasse. Pendant que Simon poursuit la descente, il luttera de toutes ses forces pour sortir de cette prison glaciaire.

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Avec une jambe cassée, il lui faudra plusieurs jours de lutte pour sortir de la crevasse, puis du glacier. L’alpiniste rampera ensuite sur le sol, dans les rochers, ne pouvant s’équilibrer d’aucune manière. Il devra soutenir des efforts extrêmes sur les pentes de pierres. Après avoir attendu plusieurs jours au camp de base, son camarade Simon est hanté par l’accident. Il marche pour essayer d’aperçevoir son ami, sans espoir. Il décide de lever le camp le lendemain matin. Pendant la nuit, il entend un bruit, est-ce qu’il hallucine ? Il sort de la tente puis regarde dans le noir. Par la plus grande des chances, les deux hommes se retrouvent. Joe est sur le sol, épuisé, assoiffé et meurtri. Il a survécu à une chute avec une jambe cassée, dans l’une des régions les plus isolées du monde.

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Époustouflante et incroyable, l’aventure aurait pu, à quelques heures près, se finir de façon totalement dramatique. Mais en quelques instants et d’ultimes efforts, les deux hommes se sont rejoints, chacun blessé physiquement et mentalement.

Avec une mise en scène de qualité, le film-documentaire nous plonge dan un monde inconnu d’où deux hommes sont revenus avec une incroyable histoire à raconter. Joe Simpson a témoigné d’un courage exemplaire, inmesurable, si fort qu’il arrête le temps.

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Blessés par la Nature, ces hommes ont changé la donne en ayant recours à ce qui restait de plus honnête en eux. Héros et hommes admirables, ils ont repoussé leur peur et accepté le combat, car chaque acte de courage est un acte d’amour. Cet article rend hommage aux survivants et aux disparus, en reconnaissance de leurs aventures.

About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.