Brume à Aix-les-Bains

Voici un récit autour de Aix-les-Bains. Une petite aventure racontée

aix-les-bains1

Que dois-je faire ? Question d’Éthique. 

« This is Sunday. Rock it ! »

Les dimanches, il faut les occuper. Sommes-nous faits pour travailler pendant cinq jours, puis se reposer durant deux jours ? L’illusion est de croire que le repos et la sérénité sont offerts dès que la fatigue n’existe plus. Une journée reste une journée, avec toujours un soleil qui se lève et une nuit qui tombe. Si nous ne savons pas mettre en place des efforts pour réussir un beau week-end, il sera encore plus dur de se lever de bonne humeur le lundi matin. Le dimanche est le jour de la liberté, celui où vous pouvez faire des choix et construire quelque chose. Mais la liberté n’est pas aussi aimée qu’on le pense des hommes, car elle exige des décisions. Pourquoi autant d’hommes n’ont-ils «rien fait de leur journée» ? Est-ce qu’ils sont restés immobiles, fixant le mur en attendant que les heures tournent, ou n’ont-ils pas tellement réfléchi sur leurs possibilités, que devant tous les choix possibles, ils n’en ont pris aucun ?

596px-Paul_Signac_Dimanche

(Tableau «Le dimanche» de Paul Signac)

Parce qu’il n’est plus commandé ni obligé par un devoir civique, l’homme perd ses repères le dimanche. Il faut les occuper comme tout le monde, avec une journée banale et ordinaire. Les rues sont silencieuses, les commerces fermées. C’est aussi calme que terrifiant, selon les conditions personnelles ou la vie sociale. Devant ce jour où tout semble s’arrêter d’un coup, j’ai pensé qu’il dissimulait des opportunités : celles d’aventures. Il y a quelques semaines, sur l’interface pratique de Google Maps, j’observais la carte de Lyon et ses environs. De beaux massifs, quelques montagnes, des fleuves et des lacs… Tiens, Aix les Bains ! Le nom me dit quelque chose. Je zoom sur la ville et entrevois une belle montagne. La prochaine aventure du dimanche aura lieu là-bas.

Le 12 octobre 2014. 

Le matin, des rayons rouges percent le ciel. Je prend mes affaires et cours en vitesse vers le métro du Vieux Lyon. Une descente avec le chant des oiseaux et les marches du Gourguillon sont ma récompense. Sur le quai de la Gare, la tour de la Part Dieu est dans la brume, le ciel plein de nuages.

SAM_7274

Tantôt noirs, gris, ovales ou dispersés, ces nuages sont beaux. Les paysages défilent dans le train. Une fumée s’échappe des champs et du sol… C’est de la brume ! L’heure tourne et le monde reste sombre, crépusculaire. En arrivant à Chambéry, ville de correspondance, une montagne se distingue avec une immense croix dressée au sommet. Elle doit mesurer au moins 5 mètres… Qui a pu la monter jusqu’en haut ? Je passe dans le second train qui en seulement 10 minutes conduit à Aix-les-Bains .

SAM_7280

Découvrir la cité. 

Arrivé à destination, je prend quelques repères et monte dans la ville pour rejoindre le massif. Je dois bientôt contourner une autoroute qui traverse le chemin. Les gens semblent complètement fous dans leur voiture, alors que rouler à 130 km/h est justifié et anodin lorsqu’on est au volant. J’ai l’impression d’assister à une course débile. Une fois l’obstacle franchi, je suis bien éloigné de la ville et je distingue mieux la montagne qui m’a amené jusqu’ici. Le cœur de la muraille laisse s’échapper de la brume. Je m’imagine sur le rocher, sortant de l’épaisse purée de pois, guidé seulement par mes gestes et mes mains. Ce lieu est vraiment somptueux. Je poursuis mon parcours et une fois dans la rue de la Crémaillère, je me réjouis : c’est l’une des rues indiquées par le plan. Je tombe sur une locomotive et une petite cabane. Un homme ouvre la porte… Ce petit musée est l’ancienne gare de la voie ferrée, qui a vraiment fonctionné. La locomotive poussait un wagon à la montée, et le retenait à la descente, permettant aux Aixois de skier l’hiver et de fouler facilement le Revard.

SAM_7303

SAM_7299

Le brave homme m’indique l’itinéraire du chemin. Je vais le suivre pour commencer, puis une fois au flanc de montagne, je déciderai si je le poursuis ou coupe à travers pour réaliser une escalade mixte. Sous l’épaisse couche de feuilles et de terre, j’essaie d’imaginer le dispositif des rails d’autrefois. Alors qu’une route permet aujourd’hui d’atteindre le Revard par son versant sud, cinq gares furent situées dans la forêt. Des morceaux de rails sortent même du sol à plusieurs endroits, dévoilant le travail de nos ancêtres. La terre et les premières feuilles d’automne ont tout recouvert comme de la neige.

Ascension & vie intérieure. 

La montée est difficile mais belle. Je rencontre des familles qui se promènent dans le massif. Un couple de personnes âgées m’impressionne par leur endurance, leur engagement ; leur amour de l’effort me remplit d’admiration. Le chemin est fait de pierres et les mollets commencent à le sentir. Je finis par arriver au tunnel. La traversée se fait dans le noir

SAM_7306

SAM_7309

À la sortie, la lumière caresse mon visage et je découvre une mer de nuages. J’ai l’impression d’avoir quitté le monde. Je poursuis une longue montée où je me découvre intérieurement. Lorsque toutes les parties du corps sont exigées, que nous vivons pleinement avec elles, nous devons accomplir un acte. C’est là que nous existons vraiment. Une fine pluie accompagne l’arrivée au plateau. Ce n’est pas l’endroit sauvage que j’imaginais : il y a des chalets, des pistes de parapente, un restaurant, et une vue imprenable. Les nuages se dispersent et dévoilent le lac du Bourget 1000 mètres plus bas. Une table d’orientation géante nous permet de situer le Mont-Blanc, dont l’épaisse brume ne dévoile qu’une partie de l’Aiguille du Goûter. C’est déjà génial ! La plus belle émotion, c’est de venir à bout de la montée, et de découvrir de l’autre versant des centaines de collines et de falaises. Des paysages qui ouvrent en grand les portes de l’avenir !

SAM_7310
SAM_7313

Le devoir de rentrer. 

Après un bon picnic et un ventre remplit, il faut déjà redescendre. J’emprunte le sentier décrit comme « déconseillé ». Il faut justement y lire autre chose, comme l’occasion parfaite pour se découvrir et réaliser quelque chose de nouveau. À peine la descente entamée, je rencontre un chamois. Incroyable ! Ici à Aix les Bains ! J’adore réveiller les animaux en traversant la nature, les surprendre dans leur vie secrète. Après lui avoir dit au-revoir, je perd rapidement le sentier, ne distinguant plus aucune trace. Le temps recouvre tout et le chemin doit être inventé de nouveau.

SAM_7323 SAM_7325

Faire appel aux sens, à l’orientation, et se débrouiller par soi-même. La pente devient raide par endroits. La désescalade permet de ressentir tout son corps, ses hanches, sa souplesse ou sa raideur. Je suis obligé de descendre en m’inclinant sur les côtés, ce qui chauffe vite les genoux. Je me dirige ensuite vers une cuvette, découvre avec surprise que c’est le chemin, indiqué par des petits panneaux en bois. La terre est mouillée et glissante, ce qui vaudra bien 10 glissades sur les fesses et les poignets. Il faut travailler la concentration pour ne pas s’endormir dans ses propres pensées. J’arrive plus vite que prévu au bas de la montagne.

SAM_7327

Il n’est pas loin de 16h et le soleil commence à briller. Le lac n’est plus très loin et je me rapproche à chaque pas. Je rencontre une petite rivière, que l’eau est belle ! Même dans un minuscule ruisseau s’exprime pleinement l’élément aquatique. Dans ce monde où vivent les têtards, où reposent des minuscules pierres, une chanson est jouée. Plutôt que de continuer la descente par le sentier, je décide de suivre le cours d’eau. Il est vraiment agréable de découvrir à chaque fois de nouvelles cascades miniatures. L’eau chute et laisse une étendue d’eau, qui elle-même rétrécit et se retransforme en petite cascade, tous les deux mètres. Je m’amuse comme un gosse avant de me retrouver tout proche de la ville. Je quitte le ruisseau et me laisse descendre. J’adore ce sentiment de bonne fatigue, les chaussures et les affaires pleines de terre, devant la Gare. Je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer en arrivant. Je suis de retour exalté et sans désirs, sinon celui naturel du repos.

SAM_7331

SAM_7334

Quand le calme arrive. 

Je rejoins la société, retrouve mon téléphone, écoute les proches, et raconte à mon tour les expériences vécues. Quand je rentre chez moi le soir, ma tête a pris la forme d’un roman : des images se partagent la scène, je revis le contact de l’eau, l’effort de la marche, les forêts, les personnes rencontrées, les pierres, la boue. Tout a tourné, et les bonnes pensées ont vaincues les faiblesses de l’âme, qui ne sont plus rien. Lorsque le jour s’achève, l’harmonie se crée et il n’y a plus de raison d’avoir peur. Je glisse dans mes draps chauds et disparaît dans le sommeil.

About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.