[Défi] Trail du Tacot 2015

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Retour sur l’aventure du Trail du Tacot 2015 ! Je connais cette course depuis plusieurs années, allant encourager ma maman les éditions précédentes. Située au dessus de Gevrey Chambertin, la forêt communale est un grand espace pour les aventuriers en herbe : montées et descentes, falaises et pierriers. J’étais très motivé lors de la préparation de cette course, je partage avec vous l’évènement vécu !

Une préparation exigeante

Le sport constitue pour moi une éducation très riche. Je suis toujours rentré chez moi plus heureux après une journée dépensée dans la nature, à écouter la vie de la planète, que suite à une journée cloisonnée en classe. En grandissant, j’ai appris à aimer le savoir-faire et les vertus enseignés par le sport. Si les compétitions dans les années Collège et Lycée m’ont épanoui, cela faisait quatre années que ne n’avais pas concouru. Le Parkour, puis l’escalade et enfin la montagne, avaient remporté une adhésion totale. Pour progresser et construire ma voie, j’ai relevé une série de Défis, sur longues et courtes distances. Il fallait désormais franchir une nouvelle étape en préparant une compétition.

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Depuis septembre, la porte de ma chambre reçoit tous les deux mois un nouveau « Capucin Training », en référence à un futur projet de Haute Montagne. Mais cette date éloignée créa le besoin d’un challenge intermédiaire. Je m’inspirais de plans d’entraînement et me documentait sur la course à pied. J’allais donc relâcher les exercices destinés au Grand Capucin, pour améliorer ma souplesse et ma ventilation.

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L’entraînement du Lundi

Les lundis… le jour des 6 heures de sport ! À la fin du cours d’Anglais, à 15h30, je prend le temp d’un café entre camarades de classe avant de m’étirer sur les quais. Les montées de Choulans, du Gourguillon, ou encore des Génévofains m’attendent. Pour rentrer à ma résidence, il y a au moins 6 ou 7 côtes différentes. La plus raide comporte des escaliers, la plus longue subit un fort trafic de bus et de voitures (idéal pour respirer les pots d’échappement). Je les alternent au fil des semaines, pour progresser autant dans l’endurance que la vitesse. Le but est de surprendre régulièrement son corps, de ne jamais rester longtemps dans sa zone de confort. Certains lundis, j’enchaîne jusqu’à 5 montées, l’effort creuse tellement que mon estomac arrive en haut retourné.

Après cette séance qui dure 1h30, c’est l’heure des Étirements et du Stretching à la salle de danse de la résidence. C’est un moment relaxant où je prend le temps d’écouter mon corps. Les exercices apportent une paix intérieure, ils viennent reconstruire les fibres musculaires et l’équilibre des membres. Avec Andy, nous finissons parfois avec de la méditation Vipassana. Immobiles, nous écoutons notre respiration et nous détachons de notre cerveau (comparé à «un singe qui se déplace de branche en branche.») Contrairement aux occidents, le peuple Égyptien accordait par exemple moins d’importance à cette organe. Lors des momifications, ils ne le conservaient pas et le jetaient à la poubelle. Le sport est un moyen de vivre, d’aimer et de penser la vie avec son être tout entier.

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À 19h, alors que nous terminons la séance, c’est l’heure du cours de Remise en Forme (Fitness) avec Mansour. Cet étudiant nous enseigne tout un art du corps, à travers gainage, abdos, cardio. Le tout en musique ! La séance est parfois dure à enchaîner après course et étirements, mais elle enrichit la gestuelle du corps. Le prof crée un état d’esprit combattant : « C’est dans la tête ! » « Allez on se donne à fond ! ».

Je trouve également le temps de participer au Yoga les vendredi, avec Praaven, étudiant mais déjà maître de la discipline (formé à New Dehli !). Si je pensais avoir découvert toutes les zones de tension du corps avec le Stretching, le Yoga m’apporte une nouvelle spiritualité et me tire vers le haut. Les postures sont puissantes et viennent montrer au corps ses limites.

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Toutes ces heures passées en salle de danse, en côtes, à pied plutôt qu’en Metro, ont finit par porter leurs fruits. Les douches glacées enfoncent le clou et garantissent une récupération optimale d’un jour sur l’autre. Je peaufine les techniques en vacances hivernales, reliant régulièrement Chamonix et Argentière sur sentiers enneigés. Le corps apprend à être léger dans les descentes, dynamique dans les montées. J’applique ce que j’ai lu ou découvert en vidéos. Les étirements finaux devant le téléphérique de l’Aiguille du Midi, alors que la nuit est tombée, est un moment intime avec ma conscience. Entouré des grandes montagnes, je suis face à un lieu historique, dans le silence et le froid, mais conduit par l’activité de l’esprit.

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À une semaine de l’épreuve

6 jours avant l’épreuve, il faut se mettre au repos. Yoga, étirements, marches et footings sont au programme. Je commence également le régime dissociant, méthode de nutrition employée par les triathlètes. La première fois que j’ai lu ce régime, j’en ai rigolé ! Il consiste à avaler les trois premiers jours de nombreuses matières grasses, pour satisfaire pleinement l’estomac. Charcuterie, fromage, quelques légumes, un peu de viande… mais attention, surtout pas de céréales ni de pain ! Je prépare mes repas en conséquence. L’effet se produit bien, les muscles sont faibles mais l’estomac toujours rassasié. La méthode draconienne implique l’absence de tout féculent, mais je procède avec modération pour ne pas vomir… Les trois derniers jours sont plus joyeux !

Taboulé

À partir de là, finit la charcuterie et les aliments lourds, mais place à des des repas complets et hyper-glucidiques. Il ne s’agit pas de consommer du sucre, mais plutôt de centrer ses repas sur des aliments riches et complets, tel que le taboulé, les salades de thon, les pâthes et le pain… sans se gaver ! Le but de cette deuxième étape est de re-gonfler les muscles et d’arriver en pleine forme le jour de la course. Il faut enfin se consacrer du repos… et même s’ennuyer. Oui, s’ennuyer ! Si on veut arriver avec de l’énergie, il faut éviter de s’épuiser aux tâches habituelles. C’est une période qu’il faut savoir organiser, et elle n’est pas si évidente.

Le Jour J

Le départ a lieu à 9h30. Je me lève à 5h45 pour avoir le temps de digérer le petit déj 3 heures avant l’effort. Règle stricte. J’ai ensuite encore 1h30 à disposition, que je met à profit pour réviser les partiels. Ca me donnera envie de courir ! À l’heure des premiers étirements et du départ de la maison, je tâche d’entretenir la rage et la motivation envers moi-même. Il a plu toute la nuit et cela continue ce matin, je pars avec le K-wai en footing léger. Je termine l’échauffement près de la ligne de départ. Je reste aux aguets, concentré sur mon but. Il est trop facile de s’endormir et de divaguer.

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Le départ approche, je suis aussi concentré que lors des Cross du lycée, où les départs mode fusée impliquaient un gros travail mental. Coup de pistolet. C’est partit pour les 15km. Je me place devant pour être dans le groupe de tête dès le départ, et ainsi ne pas être gêné dans les passages boueux. Je suis le Quad qui nous indique l’itinéraire, mais problème, il n’y a personne à côté de moi ! Je me retourne, le peloton est derrière à 150 mètres, dans une totale unité. Je me sens seul et bête sur le coup. En regardant devant moi, j’ai l’impression d’être partit pour une sortie habituelle dans les combes un dimanche après midi. Je franchis la première montée à mon allure, puis engage le chemin de terre. Je me retourne encore, je ne vais quand même pas ralentir et les attendre ! Mais pourquoi personne ne court ? Ont-ils tous prévus d’attaquer dans la prochaine côte ?

Creuser l’écart

Je maintiens mon allure et je suis soulagé lorsque je vois un coureur accélérer et se rapprocher de moi. Nous sommes deux en tête et nous soutenons l’allure. On crée une grosse distance derrière nous. Je suis la foulée du coureur au t-shirt vert, nos deux rythmes concordent bien. Nous attaquons la montée en terre, celle avec le plus grand dénivelé. Je me sens dans mon élément. J’ai l’impression que nous sommes plus que deux à faire la course. Au bout de la côte nous attend le premier ravitaillement liquide, c’est à dire un verre d’eau. Les personnes assises derrière le stand n’ont pas le temps de se lever et lancent un « Ah ils sont déjà là ! »

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Nous progressons vite et je m’accroche au coureur qui effectue de superbes relances une fois sur le plat. Il faut que je reste dans sa foulée. Je me sens léger, les jambes effectuent le travail pour lequel elles sont préparées. La machine est bien huilée. Je commence cependant à sentir que le souffle en a pris un certain coup et les poumons fonctionnent à plein régime. Le manque d’expérience dans les courses m’a conduit à un départ soutenu, alors que j’aurais pu me réserver au départ. Ce n’est pas grave, c’est le jeu ! J’accroche le coureur dans les descentes, je tire mon allure. Les virages rétrécissent le champ de vision et me poussent à fournir un gros travail pour garder son t-shirt en vue.

Lutter seul

Lorsque nous arrivons vers le village de Morey-Saint-Denis, nous empruntons de nouvelles montées. Je perd de vue le coureur mais maintient le rythme. J’écoute mon corps pour ne pas rentrer dans le rouge. J’arrive à mi parcours, au Ranch « Moutain Farm », où nous attend un ravitaillement solide et liquide. Je prend les deux verres qu’on me tend, celui de gauche est du coca, et celui de droite de l’eau. Je perd la moitié des verres et n’ingurgite que deux gorgées. Le parcours est ensuite composé de plusieurs montées, je sais qu’elles sont stratégiques. Les muscles des jambes commencent à tirer et des courbatures se forment dans les mollets et l’arrière des cuisses. Ce n’est pas possible ! Avec toute la Saint Yorre bue les jours précédents, et les massages la veille ?! Je poursuis en courant byzarrement, tendu de la tête aux pieds, mais je finis par reprendre l’allure normale. Une montée très raide se dresse dans les caillasses. Il faut marcher et je rampe le dos courbé pour peiner le moins possible. Je double les coureurs de la course d’avant (les 26km) partis une demi-heure plus tôt, et qui empruntent parfois le même sentier. Je commence à loucher étrangement dans la montée. Mes lunettes me manquent. Les avants bras se contractent tout seul, je ne dois surtout pas penser à cette nouvelle douleur.

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Euphories d’une course

Dans la zone de plat qui suit, je lutte encore contre les courbatures. Avec le temps elles deviennent plus légères. Le chemin descend à nouveau et la zone des cuvettes se rapproche : une série de montées et descentes raides. Soudain je retrouve les sensations du départ, une énergie nouvelle ! L’endorphine est montée. Mon corps se relâche dans les descentes, les pieds effleurent à peine les pierres que le corps est déjà en bas, et prêt à remonter dans la pente en face. Quelques glissades dans la boue offrent du spectacle aux participants du 26km, qui nous laissent passer. La vitesse est revenue, mes yeux sont droits et mon regard déterminé. Lorsque je sens que je n’avance pas, je baisse la tête et regarde mes cuisses pleines de boue, je puise dans les tripes l’énergie qui manque au cerveau. Alors que la tête est sur le point de s’endormir, je me réveille en accélérant. Les zones de plat relancent mon organisme, je re-découvre mes jambes. À combien de temps suis-je du premier ? Je n’ai aucune idée. On m’indique les trois derniers kilomètres, j’accélère le pas, le corps vibre et je suis presque dans un état de transe !

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Erreur d’Aiguillage. Coup fatal

J’arrive sur un carrefour avec plein de gens arrêtés. La personne qui aiguille la course me demande « 26 ou 15 ? ». « 15km» ! Il m’indique la droite. J’entame la descente. Je suis les balises et… misère, j’arrive vers un virage dans les vignes qui me reconduit en bas!!? C’est quoi ce bordel ? Sur le plan diffusé la veille, lors de la remise des dossards, le chemin prenait au dessus de la combe. Je me retrouve en sens inverse, à l’endroit même où nous avons couru à l’aller. Où me suis-je trompé ? Les espoirs s’envolent aussitôt. Je m’arrache et court le plus vite possible. Je vais perdre au moins 10 places, ça me fait un détour de fou… Je suis dégoûté. Je lutte jusqu’à retomber sur le chemin. Impossible de savoir où j’en suis dans la course. J’effectue les plus grandes foulées de ma vie, mais la machine crie ses limites. J’arrive sur le dernier kilomètre, le goudron, et lève la tête au ciel pour ne plus ressentir les douleurs. J’arrive sur la ligne et on m’annonce que je suis premier, en 1h05. Je leur explique mon problème d’itinéraire, puis 5 minutes après arrive le coureur en vert.

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Non classé

L’équipe de protection civile me prend en charge, me couvre. « Quel jour sommes nous ? » « Le 1er mai 2015 ». Ca va, je n’ai pas perdu la tête. Au bout de quelques minutes cela va mieux, je récupère. Je m’entretiens avec l’équipe du parcours, nous discutons du problème et du tracé. L’aiguilleur nous rejoint une fois que la course est finie pour tous, et avoue son erreur. Ils refusent pourtant de me classer. Je n’apparaît pas sur le classement, je suis un coureur fantôme ! On me tend un lot de compensations et on me propose de revenir l’année prochaine. «On était étonné que ce soit quelqu’un de pas connu qui arrive en premier ». Ah oui ? C’est ça un argument solide ? Personne n’évoquera la course en elle-même, nul ne cherche à comprendre ce qui s’est passé. Comme pour de nombreuses assos, tous sont venus pour se montrer. Le sport ? Un vague souvenir…

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Je me sens comme un enfant puni. Je fait appel pour être classé deuxième, car c’est la place que j’ai occupé jusqu’à l’erreur de parcours, et le trou avec les concurrents derrière devait être considérable. Personne ne m’écoute, je leur laisse donc la preuve des photos, prises par plusieurs photographes, et qui seront publiées les jours suivants.

Mais au fond, peu importe. Je suis heureux de cette journée, d’avoir accomplit ce que je préparais depuis longtemps. Les sensations restent comme des images gravées dans la mémoire, et je suis épanoui par ce Trail, son itinéraire et ce qu’il m’a appris. Ce fut une journée comme je les aime : créative, dynamique, surprenante. La vanité disparaît, et de nouveaux désirs d’apprendre naissent !

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Comment conclure ce nouveau défi ? J’ai appris à mieux discerner les faiblesses qui résident en chaque homme. L’investissement psychologique est très important en compétition, c’est une part qui reste impossible à travailler seul à l’entraînement. J’ai admiré dans cette course les participants venus pour le plaisir, qui profitaient de ce rassemblement dans un sport ludique et contemplatif. Les heures de préparation ont permis de mieux organiser ma vie, de découvrir défauts et qualités inconnues. J’en suis aujourd’hui nourrit, avec de nouvelles idées, et le sentiment intérieur d’avoir suivi le bon chemin. J’ai compris que le geste d’accomplir marque une libération pour l’homme qui attend une date, et que si l’entraînement et l’épreuve s’harmonisent, l’homme jubile de bonheur au fond de lui. L’alpiniste reste l’homme que je souhaite devenir, sur les montagnes mais aussi ailleurs dans la vie. Lors de la position de la mort, au Yoga, j’ai sentit que nous sommes faits pour vaincre nos peurs et ne rien regretter. La compétition est un jeu que je ne connaissais plus, il fut intense et agité en ce 1er mai 2015.

Autour de la course : 

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→Galerie Picasa
→Galerie Photos de Niko Phot T

Je souhaite remercier plusieurs personnes : mes parents pour le soutien psychologique, Mohradj Brahimi pour ses nombreux conseils, les amis et partenaires d’escalade pour leurs encouragements.

About Cyril Tuloup

A lancé le site en février 2011, aime depuis toujours les figurines et les montagnes. Nourri par la Nature, l'art et l'alpinisme, Un monde de petits bonshommes partage les joies de la création et de l'aventure.